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mercredi 14 septembre 2016

Ce que je fabrique

Je continue à me demander bien ce que je fais. Pas tant pour le minimiser, ce serait le point de vue individuel - mais essayer de le situer, alors que je lis et j'observe tant et tant d'actes de situation, de soi et des autres lus.
Que peut, ce que, fait/faire un angliciste, un philologue, un 'litteraire', un acteur de sa génération d'une des sciences historiques. Angliciste a, je continue à venir me caler dans cette vue, une situation intéressante, au sens 'chinois' : CS tout naturellement m'en rappelle une qualité en la comparant avec d'autres disciplines flottantes, non disciplinaires, combinaisons ad hoc. Mais par une autre dimension de la question il y a aussi : le manque de moyen et les conditions institutionnelles font la difficulté, ou la rareté simplement, des ambitions larges de recherche, ambitions scientifiques, qui a pu faire entreprendre les Grands Travaux du 19e, etc. Dictionnaires, grammaires, mythologies, histoires panoramiques, immenses dépenses de synthèse et de collecte de matiere et d'analyse en unlikely myriads, puis, dans l'entrée du 20e peut-être, est-ce qu'il y en a une histoire une évolution ?, les ruptures conceptuelles et les inventions radicales de conception épistémologique.
Inimaginables depuis où je suis.
. On peut les prendre par la critique : sans doute les idéologies de la totalité et du positif, etc. Et s'installer à raison dans une pratique, un travail, qui est de l'ordre de la critique. J'y adhère et je ne pourrais pratiquer que dans ces termes (?).
. Il y a la question, le plan de la question, des moyens sociaux : mes disciplines et l'universtité ne sont pas des lieux de science - y en a-t-il jamais ? Càd quelles sont les conditions idéologiques que l'idéalisme de la science ? - mais des lieux de compromis sociaux bien familiers, concours de l'enseignement, massification (dans tout autre régime il est clair que je n'y aurais pas eu accès), fonctions de l'université dans le capitalisme actuel
. mais m'intéresse ici, au près : reste la part qui me revient, l'espace dont je dispose (et j'en ai, beaucoup, donné mais aussi acquis, par des efforts, y compris des douleurs, que je ne minimise pas non plus). Ce que j'en fais. À suivre le bout de la curiosité, à traverser des espaces improbables, à faire sans discipline d'un regard sur ce qui devrait être fait. Par exemple, le scrupule m'en vient, comme une nostalgie, de temps en temps : que l'anglistique, comme philologies, devrait s'occuper de sa tâche de passeur, s'occuper de développer le savoir des productions anglophones par exemple en France, de l'enseigner, de le composer et l'actualiser constamment, de l'instituer dans les coordonnées culturelles d'ici et maintenant : tâche culturelle de l'université et de la philologie. What mirage is this, and yet, and yet etc., tourniquet. Ce n'est donc pas encore ça.
. qu'est-ce que je fabrique ? Et que je m'autorise à tinker about dans mon coin, et qu'on m'autorise (les autorités étant préoccupées de bien autre chose, aussi diverses qu'elles soient). 

lundi 28 novembre 2011

Rappel : disciplinarité de l'anglais ; Culture wars

Disciplinarité de l'Anglais - rappel de septembre 2006 :

On s’inquiète des mêmes problèmes de l’Anglais en France, en Europe, et aux Etats-Unis, malgré la différence des contextes et la diversité des histoires de la discipline.
Le cœur du problème est la perte de disciplinarité des Langues – Modern Languages. Leur instrumentalisation, leur valeur sociale accrue mais en tant qu’instrumentales, dans un environnement idéologique organisé par une théorie du langage comme communication.

C’est reconnaissable partout, malgré la diversité des conditions culturelles. La Composition, ou Rhetoric and Grammar, aux Etats-Unis, qui non seulement prend une part plus importante de l’activité des départements d’Anglais – ici aussi on parle du déficit de academic preparation (lire : la faillite du système de l’enseignement secondaire) –, mais devient aussi l’objet d’une branche de la recherche en Anglais. Et une actualité de la discipline, une pertinence sociale (revendiquée telle, du moins), réponse et responsabilité de l’université dans sa société : en ce qu’elle est branchée effectivement sur un débat culturel et politique qui se tient dans la presse et les médias, et qu’elle engage y les acteurs (engage est un mot très en cours dans le discours culturel ici). La Composition est critique pour une définition de son contemporain par la société ici : un révélateur et un critère. Une valeur en question, vivante, qui fait la vie et l’actualité – sinon la modernité, car c’est aussi un faux débat et une contre-valeur, articulée sur une contre-vitalité du langage – de sa société. Chacun a à se situer par rapport à elle.

GD parle d’un département de Français ici qui penche vers la perspective du FLE.
Les départements de English peuvent maintenant incorporer les territoires du English as a Second Language (ESL), et identifier leur actualité à cette incorporation, cette réorganisation des disciplines. On affichera cette nouvelle géographie comme la capacité de l’université à répondre à l’actuel d’une société multiculturelle, qui se manifeste dans l’afflux d’étudiants nouvellement immigrés. 92 langues maternelles parlées à Brooklyn College-CUNY en dehors de l’anglais.

Jean-Jacques Lecercle répond à la crise de l’Anglais en France, relayée par la Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur – manifestations : disparition des postes en littérature, backlash contre la « théorie », pressions de l’idéologie Communicationnelle (l’anglais comme « langue de communication internationale », selon les termes du rapport Thélot) pour pomper des financements vers les départements qui voudront développer des centres de ressource de langues ou se développer en de tels centre – : réponse de JJL donc : la force de l’Anglais comme nœud des langue-littérature-culture et histoire.
Je garde l’expression anglaise de la discipline des Langues – Modern Languages – pour ce qu’elle continue à faire entendre de ce potentiel des langues, la diversité des langues, comme modernité de la société dans le langage. La langue-et-nécessairement-les-langues, comme histoire, et donc comme culturologie, critique.
La discipline Anglais, comme l’étude de ce qui fait d’une discipline des langues une culturologie critique.

Le European Journal of English Studies opère son propre sauvetage et relaunch en prenant de front la question de New Directions in English Studies. Effort vers sa modernité.
Le séminaire Works in Progress du département d’Anglais de Brooklyn College prend cette année la question : « Revisions and Emergences : New Approaches, New Fields ». On cherche comment être à son présent. A sa pertinence. Disciplinarité.

Je commence ici une bibliographie du débat américain sur English et l’université : disciplinarité. Très étonnée de trouver le terme disciplinarity en usage dans la « conversation » (autre termes très en cours) dès un premier contact ici – c’était dans Richter. Le débat est une actualité en ce que, comme celui des Nouveaux réacs, il positionne et révèle les acteurs, avec une extrême clarté : les conservateurs, les progressistes, les critiques. Les critères en jeu – questions dont vit la société contemporaine – y sont donc en pleine lumière, et en plein pouvoir critique.

* Richter, David H. Falling Into Theory. Conflicting Views on Reading Literature. Bedford/St. Martin’s: Boston & NY, 2000. Qui part de Gerald Graff (Graff y écrit une preface) et son programme critique: “teach the conflicts”.
Auteurs mis en débat dans l’anthologie:
- "Why We Read" : Helen Vendler, Geralf Graff, Terry Eagleton, Gauri Vishwanathan, Paulo Freire, bell hooks, Gertrude Himmelfarb, Richard Ohmann, Simon During, Louis Menand, Robert Scholes
- "What We Read" : Jane Tompkins, Barbara Herrnstein Smith, Lillian S. Robinson, Deleuze & Guattari, Henry Louis Gates Jr., Eve Kosfsky Sedgwick, Eward W. Said, Janice A. Radway, Alan Purves, John Guillory, Harold Bloom
- "How We Read": Barthes, Peter Rabinowitz, Stanley Fish, Reed Way Dasenbrock, Sandra M. Gilbert and Susan Gubar, Toril Moi, Annette Kolodny, Toni Morrison, Chinua Achebe, Wilson Harris, Gayatri Chakravorty Spivak, Wayne C. Booth, Martha C. Nussbaum, Herbert F. Tucker, George Levine, Michael Bérubé.

Débat américain:

* Blair, Hush. Lectures on Rhetoric and Belles Lettres. NY: Garland, 1970.
* Bloom, Allen. The Closing of the American Mind: How Higher Education Has Failed Democracy and Impoverished the Soul’s of Today’s Students. NY: Simon, 1987.
* Damrosch, David. We Scholars: Changing the Culture of the University. Cambridge Mass., Harvard UP, 1994.
* D’Souza, Dinesh. Illiberal Education: The Politics of Sex and Race on Campus. NY: Free, 1991.
* Graff, Gerald. Professing Literature. An Institutional History. Chicago: Chicago UP, 1987.
* –––. Beyond the Culture Wars. NY: Norton, 1992.
* Kimball, Roger. Tenured Radicals: How Politics Has Corrupted Higher Education. NY: Harper, 1990.
* Menand, Louis. “What Are Universities For?” Harper’s Magazine 283 (December 1991), pp. 47-56.
* Nelson, Cary. Manifesto of a Tenured Radical. NY: NYUP, 1997.
* Pratt, Mary Louis. “Humanities for the Future: Reflections on the Western Culture Debate at Stanford”. South Atlantic Quarterly, 1 (1989), pp. 7-25.

Sur le canon :

* Bloom, Harold. The Anxiety of Influence. NY: OUP, 1973.
* ---. The Western Canon. The Books and School of the Ages. NY: Harcour Brace t, 1994.
* Guillory, John. Cultural Capital : The Problem of Literary Canon Formation. Chicago UP, 1993.

Débat sur English en Grande-Bretagne et histoire (britannique) de English :

* Altick, Richard. The English Common Reader.
* Baldick, Chris. The Social Mission of English Cricitism. Oxford: OUP, 1983.
* Batsleer, Janet ed. Re-writing English: Culturela Politics of Gender and Class
* Crawford, Robert. Devolving English Literature. Oxford: Clarendon, 1992.
* Eagleton, Terry. Literary Theory. An Introduction. Minneapolis: U of Minnesota P, 1983. Voir en particulier le chapitre “The Rise of English”.
* MacCabe, Colin. “Towards a Modern Trivium – English Studies Today”.
* Palmer, D.J. The Rise of English Studies. London, 1965.
* Poirier, Richard. “What is English Studies, and If You Know What That Is, What Is English Literature?”, in Gregory T. Polleta ed. Issues in Contemporary Literary Theory. Boston: Little and Brown, 1973.
* Widdowson, Peter ed. Re-reading English

Textes repris et discutés à neuf:

* Arnold, Matthew. “The Popular Education of France”. Democratic Education. Vol. 2 of Matthew Arnold: Complete Prose Works. Ed. R.H. Super. 6 vols. Ann Arbor: U of Michigan P, 1962.
* Collins, J.C. The Study of English Literature. 1891.
* Robinson, H.G. “On the Use of English Classical Literature in the Work of Education”, Macmillan’s Magazine 11 (1860).
* Sampson, George. English for the English. 1921.
* Smith, Adam. Lectures on Rhetoric and Belles Lettres. Ed. JC Bryce. NY: Oxford UP, 1983.

dimanche 28 août 2011

"Anglais" : histoire des discours anglophones

Ce que fait un angliciste : à poser en rapport avec les sciences et leurs fonctions sociales présentes.
Ce sera ici : l'histoire des discours anglophones, à valoir dans le champ intellectuel ici maintenant par comparatisme. Levier de l'étranger, l'un de ses plans - puisque la force de ce levier est la spécificité. L'anglais champ d'une spécificité, au travail de l'histoire, et de ses historiographies multiples et actives (son immense champ de théorisation, commentaire, etc.)
Particulièrement riche : l'axe France-Grande-Bretagne profondément structurant dans l'histoire anthropologique des siècles de la modernité (au moins). Et l'Angleterre scène source d'invention politique et de la révolution industrielle, ses "esprit"s. Lieu pour la Magna Carta, Milton, Smith (l'Ecosse), Mill, et Marx et Hayek.
Faire travailler le discours par la -phonie. Ce qui implique sans effort, constitutivement, le travail de l'analyse (du discours) par l'histoire, et de l'histoire par l'historicité.
- voir "l'histoire des discours" comme déploiement de la poétique, of course.

A penser aussi dans le menu des effets de discipline. Dans les noeuds et les embûches qui font le quotidien universitaire pénible et décevant. Ici la scène des enjeux. Comment. Et dans le même temps : les scènes qu'on se choisit. Les lieux d'engagement qu'on se permet, qu'on recherche, dont on est capable, etc.

vendredi 18 février 2011

Discipline Anglais / Modern Languages - agenda

Que donnerait une entreprise de disciplinarisation, et de visibilité disciplinaire, du type du Dictionnaire des mouvements sociaux, Fillieule et al. dir. (Presses ScPo, "Domaine : Sociétés en mouvement"), pour l'Anglais? Que verrait-on apparaître des spécificités scientifiques?
Quelle cartographie des travaux anglicistes français publiés, dans leurs rapports avec les travaux étrangers, anglophones en premier lieu? Que produit l'anglistique française? Et quel public façonne-t-elle, lui est-il façonné?
(Une perspective historique serait parlante : de Taine à. C'est pourquoi aussi une différence serait dans le recul, et la latitude, historiques.)

Certainement il y aurait un caractère marqué, sans forcément les réussites escomptables, de la fonction de passeur de discours, problématiques, inventions disciplinaires, anglophones. Un exercice d'état des lieux serait bien éclairant - qui ferait autre chose pour la réflexion sur les Langues en France que la thèse de MP Pouly sur L'Inscription scolaire de l'anglais ; quelque chose de complémentaire, une dimension autre.
Il y aurait des connections nécessaires d'un autre type de celles qui sont réitérées dans les entrée du dictionnaire Fillieule. Autres connections avec les savoirs étrangers et la traduction ; autres connections du savoir au social (l'intervention sociologique ou l'intellectuel // l'enseignement et ses structurations et contraintes sociales, et la simple culture, par exemple).

Rêverie disciplinaire
qui a le goût d'une sentimentalité. C'est qu'il ne s'agit pas de ça : ce sont les défauts de ce lisse, ce principe, qui sont à arpenter. Relief, riche. Chantier de luttes et d'enjeux, tout fracturé.

Les circuits effectifs du passage angliciste... Absence dans les lieux de débat sur les diverses importations théoriques anglophones des dernières années, postcol, gender, care, collective action & public policy, etc.

lundi 12 avril 2010

L'Anglais : point d'émergence

Toujours l'immersion - longue et donc le séjour approfondissant, formant en profondeur, trickling right down to unsuspected roots - dans MP Pouly, et L'Inscription scolaire de l'Anglais en France.
Avec l'Anglais, on a évidemment, c'est connu-couru, toute la mondialisation, les (et une nuée de discours qu'il m'ennuie d'avance d'imaginer devoir traverser) ; mais aussi, bien : l'histoire, par exemple française, des classes en techtonique mouvante entre la Cour et le négoce, le libéralisme et le socialisme, la diplomatie culturelle bourgeoise et la professionnalisation petite-bourgeoise, etc. Les drames 19ème du libéralisme et du républicanisme ; les drames 20ème de l'après autonomisation des champs intellectuel et scolaire, leur fonction dans les gauches, etc.
Histoire de valeurs de l'Anglais. Et de l'étude de l'anglais. Right.

Le plan qui m'intéresse : le rapport entre les champs du social/politique et de l'intellectuel/culture : on pourra, on a pu dire, aussi entre base et superstructure ; entre économisme (marxisme) et culturalisme (marxisme contre libéralismes). Le pouvoir dans le culturel et non seulement dans les modes de productions. Culturalité du pouvoir. Alors prenant en écharpe : Foucault et Bourdieu, mais toute l'histoire même des sciences sociales et des critiques marxistes du marxisme - Ecole de Frankfort, Weber, Cult studs, Jameson, Gramsci, postcol, etc. Mao même.
En face des libéraux du culturalisme, leur philosophisme [contre le pénétrant de l'historique, que ce soit par l'histoire ou par les langues] : Herder [libéralisme sans doute pas le bon descripteur ici], Arendt, Derrida même, Humboldt, KK. L'anthropologie, l'ethnologie? Dans le prolongement inconfortable avec les sciences coloniales?

Histoire des valeurs de l'Anglais (+ spécifier la perspective ici : l'Anglais comme étranger - il y ira autrement, épaisseur encore, avec l'English, et ses histoires de Eng Lit et de englishes). Pour désabsolutiser, mobiliser. Situer les drames actuels.
Mais aussi : l'Anglais, la littérature étrangère, les Langues, comme (possibles) sciences de la culture. Sciences historiques et critiques (FdS : lire en contexte). Plan critique où travailler les points de bascule des orthodoxies actuelles : où travailler la "vivisection" (Joyce) d'une nappe culturelle/.idéologique. Quand le culturel devient instrumentalisé comme nouvelle machine de guerre politique du capitalisme. Ses nouvelles fonctions, qu'il faut continuer à explorer - pas fini ni avec "industries culturelles" d'Adorno-Horkh, ni avec ... etc.

lundi 22 février 2010

Enjeux du colonial : problème de location.

Le problème n'est pas l'histoire de la colonisation. Il ne peut jamais être ça. Affaire ordinaire d'absolu en épistémologie. Ou du rapport de la France à un "retard" de reconnaissance de son passé colonial, et les débats que ça ouvre. Mais celui de la transformation de l'université, et du champ intellectuel, pour le coup transformé par une nouvelle distribution internationale des champs, et du pouvoir qui y circule et qui y mobilise acteurs, activités et actions.
Non l'histoire intellectuelle de la colonisation, mais l'histoire des disciplines qui s'arrangent autour de l'histoire intellectuelle (ou autres positionnements, the whole historical, shifting, range of them) de la colonisation. Des champs intellectuels, et culturello-politiques, qui s'appuient, dans leurs dynamiques spécifiques, sur l'objet historique colonisation.

Il s'agit, avant tout en l'occurence, de English : du pouvoir considérable comme point d'origine majeur dans l'émergence des problématiques cultural et postcolonial, en association avec celles de la theory. Histoire déjà internationale et nationale. Politique. Dès Leavis, et la redistribution des classes culturelles devant les disciplines (et les recrutements étudiants comme enseignants) universitaires, et les disciplines des lettres singulièrement. La littérature, et son rôle historique dans la modernisation de l'institution universitaire anglophone : ici, le Commonwealth et non seulement le postcolonial : cette articulation-là, cette greffe, à suivre en détail.

Avec en France une histoire tout à fait différenciée, avec ses traditions d'enjeux, ses backlogs eux aussi suffisamment chargés (plus encore sans doute), de l'évolution des disciplines et de la place de la littérature dans les cartes culturelles et institutionnelles des savoirs. Place des Lettres modernes, de la littérature, et de la théorie littéraire comme branche agressive du tournant linguistique ; branche ultra de la théorie d'ensemble structuraliste. Place dans les redistributions des disciplines, l'apparition de la notion de sciences humaines, (sciences sociales, Voir cette généalogie) ; dans la réforme post-68 des fonctions de l'université. Etc. Beaucoup.

Où je retrouve (enfin, en bout de course) le point de départ : la comparaison des pratiques de la question du "postcolonial", comme "location of culture" au sens précis de Bhabha. Qui inclut la question de ce qu'on fait de la part du culturel dans l'histoire. Les culturalités de l'histoire.

jeudi 14 mai 2009

Peuples de révolution

EP Thompson, sur les peuples millénaristes (- et le "chiliasm of despair"). Le temps, contre-révolutionnaire anglais, de l'écrasement du peuple non possédant et son arrachement à ses traditions sociales éthiques culturelles et politiques : temps des essais, explorations, bourgeonnements, rhizomations, poussées éparpillées, de peuples réactifs - peuples de la contre-révolution. Chapel comme sectes religieuses, en dissidence diverse de Established Church, et diversement populaires. Les religions des pauvres ; certainement, exactement, des récemment déshérités. " Les X-iens " . Formation de ces publics, ces "followings", ces diffusions - "making, formation", acculturations. "The Johannas" or "Southcottians" (423), "the Sealed People", "the Children of Israel" bien entendu pour modèle (429), the Lord's "own dear peculiar people" (430), plus ou moins élu, plus ou moins sauvé ou sauvable.
Des peuples de la Révolution - y regarder aussi les dynamiques, destructices aussi, des peuples locaux en territoire français (centralisation, dont politique des langues). Peuples anglais de la Révolution : les Jacobins anglais, vaincus et poursuivis après 1800. Et des peuples de la contre-révolution.

Le prix de cette histoire sociale, critique des assises et establishments de l'histoire économiste libérale des 50s-60s (Hayek déjà, et Ahston), dans son temps politique : le frayage d'une perspective sur la politicité des peuples religieux ; des socialités par la religion et par la culture. Perspective d'une politique de la culture, qui sera le plan sur lequel pourra se développer un Orientalism de Said, (un Foucault déjà, qui avait constitué lui-même son plancher théorique, par d'autres moyens), les Cultural studies. Puis les travaux sur la contre-modernité indienne, Chakravarty par exmple et Nandy.

L'Angleterre : vertus théoriques

L'Angleterre importe comme cas-modèle, et point de densité théorique dans l'histoire de la pensée politique. Et English studies donc, comme telles, pour une poétique du peuple contemporaine. Puisqu'il ne s'agit pas d'une parmi d'autres de area studies ou non-objet théorique prédéfini par l'aire "géographique" - mais bien d'un noeud historique spécifique, qui a la spécificité théorico-politique d'être l'un des lieux de l'une des modernités, et le cas-école de pans majeurs des déterminants contemporains : libéralisme, capitalisme, structuration de classes, théocratie et culturocratie, colonialisme.
L'Angleterre de la Glorious Revolution et de la Constitution de 1688, et de la contre-révolution anti-jacobine. Une contre-modernité, alternative : Révolution Industrielle contre Révolution démocratique et républicaine. Le cours parallèle et conflictuel et complexement croisé des économisme politique ("political economy" des utilitarismes disciplinaires et le mode capitaliste de l'Empire) et démocratisme politique débouchant sur le bonapartisme et le mode napoléonien de l'Empire.
Angleterre prototypant Adam Smith puis Bentham mais aussi JS Mill et Marx et Engels ; et Foucault en France, par Bentham et l'attention au moment du passage de "l'âge classique".
Ce qui monte de la lecture au long cours de EP Thompson.

Et vertus du comparatisme britanno-français : rendu incontournable de toute façon par l'histoire. Pour toute réflexion sur empire, peuple-nation-état, vie politique des peuples, sciences humaines lettres et langues.

jeudi 14 août 2008

L'Allemagne paradigme de l'étranger

La solution, en toute fin du livre (M. Espagne, Le Paradigme de l'étranger), la dernière page : 354, "L'Allemagne devient ainsi le paradigme de l'étranger. Or le XIXe voit s'élaborer toutes les disciplines de sciences humaines modernes qui, à des degrés divers, sont liées à cette fenêtre sur l'extérieur" ; dans toutes les formes culturelles et universitaires qui s'instituent, donc, "une mémoire allemande", "qui s'est fixée dans les structures mêmes de compréhension et d'analyse des aires culturelles extérieures."
C'était donc une autre valeur du "de" : paradigme qu'est l'étranger, j'avais lu - mais entendre aussi cette proposition première : le paradigme que constitue l'Allemagne pour la globalité de l'étranger, nouvelle question.

Note sur l'Anglais : "Seule l'Angleterre paraît dans une certaine mesure échapper à ce schéma, car son empirisme philosophique est déjà une référence dans la pensée française des Lumières". Mais Taine, passe par la science culturelle allemande pour passer par l'aire culturelle anglaise pour ne pas trouver la nationalité littéraire française. L'Anglais est au schéma aussi, qui a en effet une autre histoire, et marque une autre période. Faudrait voir : ce qui devient de la référence anglaise au moment des Idéologues, et de la pensée de l'histoire des cultures après la Révolution. Burke, par exemple ; on peut commencer par là et M. Espagne l'a noté. Aussi : le relais qui se fait entre la référence philosophique du côté de l'Angleterre, et celle de la philosophie idéaliste allemande. Y situer le sensualisme de Condillac - et par rapport à la question des cultures historiques prise, ouverte, par les post-révolutionnaires en France.

L'Allemand, philologique, a certainement formé le savoir américain - sur les littératures et cultures étrangères mais plus totalement sur l'ensemble des objets universitaires.
A voir aussi l'histoire correspondante de l'influence philologique sur la constitution de English (Arnold passe par la IIIème République, il me semble?), et des Modern Languages.

Histoires de la littérature anglaise

Une succession, une suite de générations, qui scandent le développement des études anglaises :
. H. Taine : Histoire de la littérature anglaise, 1863. Le "détour" (M. Espagne) de Taine, après négociations difficiles avec la précédence philologique et philosophique allemande, et pour arriver à la perplexité sur la "carence"(Espagne) de la littérature nationale française.
. Emilie Legouis avec Louis Cazamian : Histoire de la littérature anglaise, 1924. Ici le caractère de manuel ; l'adresse est à un public d'étudiants, qui s'est by now effectivement constitué.

Mais aussi :
. Philatère Chasles, Histoire de la littérature anglaise (prof en 1841, Collège de France)
. Léon Boucher, Histoire de la littérature anglaise, dans les 1890s.

Faudrait regarder la descendance, par la suite. Jusqu'aux entreprises des Bordas (Littérature anglaise, manuel de prépa, P. Ginestier, J. Hoyles et A. Shepherd, 1965) et des PUF (Coll° Premier cycle, Histoire de la littérature anglaise, F. Laroque, A. Morvan, F. Regard, 1997).

L'étranger dans le savoir-pouvoir du XIXème

Arrivant vers la fin du Paradigme de l'étranger (Michel Espagne), et concluant le chapitre sur les études anglaises en particulier : plusieurs questions renstent pendantes, qu'il faut noter. C'est que le livre ouvre la soif pour cette information historique qui dessine un paysage très-nécessaire, et qui prend corps sous nos pieds : élucidation, intelligibilité, des substrats historiques, maintenant cryptés (tiens, oui - cryptage, comme marque d'obfuscation des générations de pouvoir, mais crypte, aussi : une histoire dont il n'y a plus d'interpréteurs, de passeurs. Héritage énigmatique, traces d'archaïsmes qui produit des outcrops étranges dans la pratique présente, sans qu'on songe assez à leur poser la question). Le roi n'est pas tout à fait nu - puisqu'il est toujours habillé du grand manteau flottant de l'histoire (Benjamin : l'histoire et la survie du langage, même labilité anthropologique).

. pourquoi le paradigme de l'étranger? Affiché en titre, le terme n'est pas repris, jusqu'ici, pour opérateur dans l'étude. Touche structuraliste un peu étrangère, non?, au travail d'histoire institutionnelle et culturelle. Certainement il s'agit de montrer, de recomposer et de souligner, l'histoire d'un phénomène culturel, propre au XIXème, qui serait "l'étranger", et "la littérature étrangère", se formant, s'implantant, croissant dans le milieu culturel français. Croissance d'un culturème, disons - et surtout d'un épistémème, disons : l'étranger prenant comme milieu d'implantation l'espace des facultés de lettres et les formations discursives frayant autour des littératures : revues, salons et conférences publiques. Unité d'histoire géopolitique, et en particulier du rapport de rivalité avec l'Allemagne, mais active dans le milieu du savoir-pouvoir. Le pointer par "paradigme" : souligne, un peu discrètement quand même, qu'il s'agit d'épistémè? (comment Foucault est contemporain d'une queue de comète structuraliste - Et sans doute aussi comment l'entreprise de M. Espagne a à se situer dans les études germanistes françaises, ou depuis elles, dans les années 1990).

. on voudrait maintenant savoir plus sur l'apparation discursive de notions si puissantes à modeler les manières de faire les disciplines des langues-et-cultures-étrangères : où quand par quelles voix apparaît dans le discours normal l'expression-notion d' "aire culturelle" (si la réalité de cet opérateur de cartographie institutionnelle est sensible à partir des années 1880, pour l'anglais par exemple) ; et celle d' "études anglaises" - qui n'est pas l'anglistique allemande, ni les Modern Languages anglaises (sont-elles, elles, héritières de la "philologie moderne" allemande, en suite à la "philologie" centrée sur l'Antiquité grecque et latine?). Espagne parle de, affiche, la germanistique, l'italianisme et l'hispanisme. Pour les autres aires, il donne "langues méridionales", et "textes slaves" : pas assez puissants pour instituer des territoires institutionnels ni des corps disciplinaires. Il faut faire une histoire de ces naissances normatives.

. il me manque un chapitre qui porte la même attention identificatoire à la constitution du champ comparatiste. F. Baldensperger, Joseph Texte (premier comparatiste en titre), et alii son présents, mais le territoire reste hors champ. C'est le différentiel territorial qui m'intéresse tout particulièrement : comment l'étranger se ramifie en comparatisme d'un côté, et spécialités des aires culturelles de l'autre. Comment l'étranger se défait, sous la pression culturelle du tropisme dix-neuviémiste européen : les nationalités.

. il me manque aussi la vue sur cet autre hors-champ, qui est nécessairement force modelante de celui-ci : la littérature française, nécessairement en train de travailler son identité disciplinaire dans le mouvement de l'université nouvelle dans les 1880s. M'intéresse : comment la hiérarchie des disciplines, la littérature française lording it over les étrangères, se met en place, qui donne aux champs des "LCE/LLCE" leur position ancillaire - position non universitaire (non statut), mais sociologique (comme, donc, plusieurs institutions vivent superposées, partiellement intersectées : institutions et normes. Les superpositions, et viscosités dans la dimension de l'histoire, de la forme politique, culturelle, sociologique - pour ne penser qu'à elles). Comment la littérature française se déroule et prend son terrain sur un autre plan historique : l'héritage des Belles-Lettres et de l'esprit et des salons, l'emmêlement dans une socialité de la littérature qui lui rend la disciplinarisation plus complexe et plus politiquement tensive (il serait prévisible que s'y marque plus de conservatisme, et des antagonismes avec les modernisateurs plus tendus - à voir) : l'héritage universitaire propre aussi, du côté les Lettres, de la rhétorique (still enigmatic to me) ; des cours publics sans doute et de la belle parole, éloquence, mondanité, style.

. faudrait aussi voir le processus d'apparition, d'identification, de "civilivation" ; ce produit particulier des disciplines des Langues, fruit d'une évolution interne et postérieure à langue et à littérature, et à étranger (voir aussi, certainement, comment cette histoire n'est pas synchrone : d'après ce que je devine des potentiels des différentes "aires", l'Anglais devrait s'y être mis avant l'Allemand, par exemple : tropisme sociologique du premier le poussant dans une autre direction que le linguistique et littéraire, philologique, de l'autre).
. Et d'ailleurs : comment de "littérature étrangère" (au singulier initialement) on passe à "Langues". La question est entée sur cette autre voisine : comment se met en place le partage entre enseignement de langue et enseignement de littérature? Avec ses réalisations pratiques, sociologiques, différenciées - maîtres de langue, maîtres de conférence, professeurs, préparation progressive aux diplômes et concours - les professeurs commençant à mettre la main à la pâte du côté de la langue.