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jeudi 9 juillet 2015

Culture et politique - Durkheim, société - révolution

La question est celle du culturel dans le politique, et de la force de l'argument d'un Herder contre l'universalisme politique des Lumières (ou d'un Burke contre celui de la Révolution).
La culturel comme limite, coupe, du politique. Quand l'idéologie moderniste a bien élucidé, nul retour nécessaire là-dessus, le politique comme coupe, interruption, du culturel comme réaction.
Mais alors le culturel (prendre en pierre de touche, par exemple, l'Hindutva, rappelée dans Pantham et Deutsch, comme peg contre les sentimentalismes) comme creuset des peuples, réservoir à révolutions. Chercher par là.
Bien sûr je cherche les peuples aux révolutions (CLR James, entre autres).

Avec Durkheim dans l'histoire anthropologique des religions, la catégorie de 'la société' : elle est en travers de cette opposition ; peut-être mieux cadrée, et plus apte aux articulations recherchées ? Avec les propositions sur le rapport de 'dans et par', qui dit les 'forces sociales' comme 'morales', dans les individus.

dimanche 4 janvier 2015

Chine : prendre par les fractures

Les grandes fractures dans l'histoire chinoise, qui sont parmi les premiers traits sur lesquels je compte pour commencer une approche : la Révolution culturelle dans son programme d'éradication, et la volte-face quant au capitalisme des années 1980.
Société, soit changement social, toujours particulièrement préhensible aux points de pivot ; aux mobilités. Leurs dimensions en Chine sont ahurissantes. Garder la comparaison indienne pour test de précaution quant aux totalisations tentantes, par effet de dimension, multiplié ici par l'histoire multiséculaire de la centralité. 

vendredi 5 décembre 2014

Wallerstein contd. : implications du savoir et du système-monde moderne


Comme ça – tirer le fil du savoir pour prendre la Mondialisation – me fait retrouver soudain des fleuves entiers de courants historiques : le libéralisme (argent, science, démocratie), l’universalisme (science équivalent général, et ses morales), la modernité. Démocratie, et philosophie de l’histoire, grand enjeu du 19ème – ses « ambiguïtés » selon le trope de Wallerstein : penser l’histoire pour légitimer le capitalisme comme déracinement et exercice du nouveau, destruction créatrice, et contrôle du changement social ; penser l’histoire pour forer des alternatives uchroniques, faire filer l’histoire entre ses réalisations progressistes, planifier la révolution. Aller plus vite que le capital, échappées latérales ou même accélération de son cycle jusqu’au son dépôt en la classe mondiale.
Les grandes foires de débat. Bon signe, on est dans ses musculatures. Et on y vient depuis dedans un fil d’histoire. On peut donc y manœuvrer, et y frayer des envisagements.

mercredi 20 mai 2009

Révolution et révolution - politique et political economy

La comparaison France-Angleterre, qui s'imbrique de toute façon en une histoire commune polycentrique, permet de trouver tout un nombre de points où des enjeux du politique, et du rapport société-culture, prennent des reliefs disponibles à l'analyse. Culturalité donc, à ces crêtes :
. Révolution française et Révolution industrielle, qui est aussi
. progrès et progrès, (des libertés citoyennes et de la démocratie, et des modernisations capitalistes, technocrates, utilitaristes pour commencer, rationnalisations contre traditions, calcul contre société)
. liberté-liberty et libéralisme : free trade, free labour surtout comme sa résultante sociale, laissez-faire. Où libérer et laisser entrent bien en distinction. EP Thompson situe bien le pôle idéologique de référence dans Adam Smith.
- politique (quels termes d'époque concernant ça? Constitution, estate, république, citoyenneté,...) et "political economy".

Et Thompson monte une opposition entre "political economy" (le plus souvent il le marque avec les italiques, comme idéologuème) et moral economy : où "economy" passe d'une valeur à une autre - dans le premier cas économiste et matérialiste ("wages series" comme matériau analytique des historiens, Hayek-Ashton, par ex.), dans le second culturaliste et "whole way of life", "community", socialité tendue par un réseau de valeurs communes.

jeudi 14 mai 2009

Peuples de révolution

EP Thompson, sur les peuples millénaristes (- et le "chiliasm of despair"). Le temps, contre-révolutionnaire anglais, de l'écrasement du peuple non possédant et son arrachement à ses traditions sociales éthiques culturelles et politiques : temps des essais, explorations, bourgeonnements, rhizomations, poussées éparpillées, de peuples réactifs - peuples de la contre-révolution. Chapel comme sectes religieuses, en dissidence diverse de Established Church, et diversement populaires. Les religions des pauvres ; certainement, exactement, des récemment déshérités. " Les X-iens " . Formation de ces publics, ces "followings", ces diffusions - "making, formation", acculturations. "The Johannas" or "Southcottians" (423), "the Sealed People", "the Children of Israel" bien entendu pour modèle (429), the Lord's "own dear peculiar people" (430), plus ou moins élu, plus ou moins sauvé ou sauvable.
Des peuples de la Révolution - y regarder aussi les dynamiques, destructices aussi, des peuples locaux en territoire français (centralisation, dont politique des langues). Peuples anglais de la Révolution : les Jacobins anglais, vaincus et poursuivis après 1800. Et des peuples de la contre-révolution.

Le prix de cette histoire sociale, critique des assises et establishments de l'histoire économiste libérale des 50s-60s (Hayek déjà, et Ahston), dans son temps politique : le frayage d'une perspective sur la politicité des peuples religieux ; des socialités par la religion et par la culture. Perspective d'une politique de la culture, qui sera le plan sur lequel pourra se développer un Orientalism de Said, (un Foucault déjà, qui avait constitué lui-même son plancher théorique, par d'autres moyens), les Cultural studies. Puis les travaux sur la contre-modernité indienne, Chakravarty par exmple et Nandy.

L'Angleterre : vertus théoriques

L'Angleterre importe comme cas-modèle, et point de densité théorique dans l'histoire de la pensée politique. Et English studies donc, comme telles, pour une poétique du peuple contemporaine. Puisqu'il ne s'agit pas d'une parmi d'autres de area studies ou non-objet théorique prédéfini par l'aire "géographique" - mais bien d'un noeud historique spécifique, qui a la spécificité théorico-politique d'être l'un des lieux de l'une des modernités, et le cas-école de pans majeurs des déterminants contemporains : libéralisme, capitalisme, structuration de classes, théocratie et culturocratie, colonialisme.
L'Angleterre de la Glorious Revolution et de la Constitution de 1688, et de la contre-révolution anti-jacobine. Une contre-modernité, alternative : Révolution Industrielle contre Révolution démocratique et républicaine. Le cours parallèle et conflictuel et complexement croisé des économisme politique ("political economy" des utilitarismes disciplinaires et le mode capitaliste de l'Empire) et démocratisme politique débouchant sur le bonapartisme et le mode napoléonien de l'Empire.
Angleterre prototypant Adam Smith puis Bentham mais aussi JS Mill et Marx et Engels ; et Foucault en France, par Bentham et l'attention au moment du passage de "l'âge classique".
Ce qui monte de la lecture au long cours de EP Thompson.

Et vertus du comparatisme britanno-français : rendu incontournable de toute façon par l'histoire. Pour toute réflexion sur empire, peuple-nation-état, vie politique des peuples, sciences humaines lettres et langues.

mardi 12 août 2008

Taine - le classique contre le national

Avec Taine, M. Espagne ouvre (dans Le Paradigme de l'étranger) un champ de questions très incisives, qui viennent se mettre heureusement en travers du chemin des cadres idéologiques du Vraisemblable critique d'époque (la nôtre). Notes :

. une des questions en jeu, durant la période de la disciplinarisation des littératures étrangères (mais aussi de l'invention, et la disciplinarisation de la littérature nationale, littérature française? A voir avec mieux de précision) - soit 1830-1900, avec un pic d'intensité après la défaite de 1870 - est l'historiographie de la Révolution. Question de la IIIème République en particulier, "sursaut national", et recherche "dans l'événement fondateur", des "racines de son identité" (267). Question de l'école, ici, vecteur de républicanisme et de nationalisme, y compris par la littérature. On est de nouveau dans le grand courant du classique/romantique, et de l'après du Grand Siècle français régnant culturellement sur l'Europe, dans le sens d'une émergence des nationalités (dont, et en particulier, littéraires).

. proposition de Taine : l'esprit classique, produit d'une noblesse oisive qui n'a que la cour et les salons pour sophistiquer une sociabilité - d'où l'esprit, la galanterie, la conversation ornée, la rhétorique, et toute la noyade mondaine des idées générales, qui amollit la pénétration des idées philosophiques - comme obstacle à la constitution d'une identité nationale. Son étude littéraire, vers les lois sociologiques des milieux ("race, milieu, moment"), comme critique de la "raison oratoire" des Lumières ("dialectique perverse" dit Espagne entre philosophie et esprit - il y a donc une culturalité de l' "intelligence". cf De l'intelligence, 1870), et compensation de la carence de littérature nationale française (La Fontaine, exception de "L'esprit gaulois"), dans la direction, la constitution, d'une sociologie, dit Espagne : travail vers une science de l'homme. Espagne, 268 : "Au pays du classicisme, la sociologie tient lieu de littérature nationale". Et Balzac peut être un modèle : littérature comme "encyclopédie du monde social".

. une perspective donc sur cet avant-les-nationalités du XIXème que je cherchais hier : une République des lettres (une conception de la nationalité par la littérature, ou du rapport culturel nation-littérature), qui est - "lettres" contre "littérature" : deux modèles, et deux histoires et deux systèmes culturels et idéologiques, classicisme-français et romantisme-allemand - inscrite dans la forme du classicisme, et de l'esprit classique.
"Esprit" porte lourd ici : non pas synonyme de culture, de cadre de pensée (je ne trouve pas, bien entendu, d'appellation neutre possible pour l'autre membre de la distinction), mais chargé de Montesquieu : la théorie des climats inscrite dans l'espace de L'Esprit des lois (et la philosophie politique libérale) ; chargé de la marque de la francité du Grand Siècle, mode socio-culturel propre, et hégémonique, à prétention universaliste, comme simple élégance ou mondanité. L'esprit contre la pensée et contre la littérature ; l'esprit contre le national comme populaire, aussi. Toujours le "philosophisme" associé au français comme politique du style, et toujours avec le sérieux philosophique de l'allemagne idéaliste en contrepoint (Ferry & Renaut dans La Pensée 68), ou ... [quoi du côté anglais? Il doit y a voir un terme. Et quoi du côté littérature? Sûrement l'Allemagne de nouveau, côté romantique-populaire ; ou le Wordsworth de la préface aux Lyrical Ballads).
Avant le national (par la littérature) donc, en France et dans l'empire culturel français (le "français" alors, comme force tout à fait transnationale. Et qui a plus à voir avec une classe et un mode de socialité - les cours européennes, et les espaces des Lettres [en Angleterre elles s'appelles Belles-Lettres en anglais dans le texte] -, qui coupe à travers une épaisseur sociale, qu'avec une nationalité, qui couperait dans la dimension géo-politique) : le classique, l'esprit, le goût, l'aristocratisme, la culture comme policé et raffinement - la civilisation (contre la culture les cultures, schème allemand).

. autre question présente : dans "le classique" comme plan insécable avec le national, il y a aussi l'oblitération de la dimension qu'impose "le national" : une corrélation nécessaire entre national et populaire. Taine regrette l'absence, dans le "gaulois", d'un continu perceptible entre les grands auteurs et le public national, en regardant avec envie les filles d'auberge allemandes lire Schiller (...). Ni Racine, ni La Bruyère - peut-être Rabelais, Molière, La Fontaine donc.
. de même : assis douloureusement sur ce constat de "carence" (dit Espagne) du national, Taine développe compensatoirement vers le social.

classique-esprit-lettres-civilisation (et conservatisme : la Révolution ne l'a pas bousculé),
national-culture-littérature-populaire,
social, et études d'une "rationalité sociale" (269) - recherche des "lois" ; méthodologie "réaliste et scientifique" ; recherche d'une philosophie de l'histoire.

. Bien sûr, enfin : passer par la littérature anglaise, et avant ça par la philosophie (et méthode philologique) allemande pour explorer l'inquiétude existentielle autour de la littérature nationale/française, "puisqu'il n'y en a pas".
Cf GD : c'est l'autre qui a mon accent. C'est la littérature étrangère qui a ma littérature nationale. On peut vivre ça, comme théoricien et clerc, douloureusement - la douleur étant un mode du problématique. Poor Taine.
Le singulier est que son modèle théorique - der kein ist - se soit institué comme mode national des études littéraires en cours de disciplinarisation, avec Lanson comme Tweedledum. Théorie du milieu littéraire.