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mardi 9 septembre 2008

Repère d'histoire des intellectuels

La question, telle que la pose C. Charle : celle, au moment de l'Affaire Dreyfus et à travers elle, de la transformation des champs culturels, vers une configuration qui reste comme l'un des cadres actifs du présent (au moins dans la mesure où "l'intellectuel" reste une question vive, y compris avec ses amortissements). Transformation de la carte des "classes dirigeantes", et des "élites".
On peut commencer depuis ici : "Pour les orléanistes qui perdent le pouvoir en 1877, les "classes dirigeantes" se définissent par les Lumières et la richesse." (67) Syllogisme : ne peuvent accéder au savoir que "les détenteurs d'une certaine aisance [; qui] leur procure le loisir de s'occuper des affaires publiques[, et] leur instruction supérieure légitime leur capacité à diriger".
Puis, nouveautés : les plus éclairés se sont éventuellement fait confisquer le pouvoir par les plus riches ou les héritiers ; l'expansion des effectifs de tous les ordres d'enseignement ; le progrès des processus méritocratiques dans la plupart des carrières : "distendent le lien entre la richesse, le savoir et l'exercice du pouvoir." On doit passer à un nouveau modèle de l'élite, républicaine. Où se joue un nouveau modèle de l'enseignement comme processus de formation de l'élite, et de l'université.

Savoirs de l'histoire de la critique

Je reste suspendue, en ce moment, aux perspectives d'une histoire de la critique, à prendre la mesure de l'élucidation qui vient par ce point de vue - toujours Christophe Charle, et Luc Boltanski. Contre les déhistoricisations dans lesquelles on se piège avec Taguieff (Les Contre-réactionnaires, L'Effacement de l'avenir).

Des savoirs fins, du type de cette note à propos de Brunetière dans ses prises de position "Après le procès" (Dreyfus) : "Le meilleur sociologue des 'intellectuels de gauche' est toujours un 'intellectuel' de droite, et vice versa." (Naissance des "intellectuels", note p. 206).

Savoirs pratiques de la crise

Christophe Charle, à propos de la Naissance des "intellectuels" : ce savoir des dynamiques de socialisation, et du "sentiment" sociologique :

Comme toutes les crises, [celle de l'Affaire Dreyfus, en tant que crise en restructuration du champ littéraire, en particulier] fige les hiérarchies, contrarie les stratégies de conquête du capital symbolique par les plus dominés, incline au pessimisme, pousse au chacun pour soi, accuse les différences entre les plus et les moins dotés socialement. (109).

mercredi 3 septembre 2008

Enonciation théorique (2) - sociologie de

C'est simplement qu'il y a un plan sociologique de la question de la parole théorique.

Le travail d'analyse que fait C. Charle des conduites de mobilisations durant l'Affaire Dreyfus, regardant nécessairement ce que font les universitaires, les étudiants, les "hommes de lettres", les élites de divers poils, ne cesse de dégager des élucidations très précieuses. Locales chaque fois, mais aussi méthodologiques ; a training in sociology. Qu'une sociologie ne soit pas le déploiement d'un savoir sur les groupes (de l'ordre de l'identité), mais sur les dynamiques, labiles, de la légitimité sociale - valeur, lutte symbolique et politique avec la valeur sociale pour enjeu, .

Le plan culturel de la parole théorique est balisé, connu, arpenté - E. Said et la suite, et les parallèles et antécédents moins connus [puis, plus anciennement, l'histoire des idées et ses transformations - histoire intellectuelle, histoire des sciences, etc.]. Le plan théorique lui-même, a déjà des outils en place, pour commencer. Le plan sociologique voit passer par exemple la question des générations - dans un scénario dérivé de the anxiety of influence (Bloom).
La dynamique "des théories" [Paul Jahshan dans R. Ghosh's Infusion Approach : "proliferating younger theories"] est à comprendre comme processus, ensemble de stratégies, de territorialisations, disciplinarisations, institutionnalisations, à toutes échelles. Dépendantes des structures culturelles nationales (et complexifiées de géopolitiques, ok).
Si la question de la théorie, et de l'hégémonie de la théorie (prendre l'un pour l'autre est déjà une mise en oeuvre, mise en tension : on prend le pied polémique ou problématique, selon que), fait bien embrasser celle large du rapport savoir-pouvoir, alors il faut en effet aller voir dans le libéralisme structurel du modèle philologique allemand, du College anglais et de la Research university américaine. Chercher, sur cette base comparatiste, la spécificité de l'environnement français, et indien, et... Voir aussi, qui sont embrassés encore là, les questions d'autonomie du champ intellectuel, de liberté d'opinion et d'expression, de démocratie (et République des lettres etc.), de l'université comme communauté, etc.

Parce que la valeur du discours théorique est théorique (et relevant d'une histoire des théories) mais aussi sociale (historicité), elle relève d'un comparatisme.

Situer, situer. Hungry for scholarship.

lundi 1 septembre 2008

Les métèques du symbolisme français

Le Symbolisme, phénomène artistique international pour commencer - par cette géographie distendue entre la France et la Russie, pour commencer (voir O. Kachler). Et moment, ensemble de rapports, contemporanéité au sens de Stein, caractérisé par le pointage de l'élément métèque - c'est G. Dessons, et A. Bernadet, qui le pointent.
On en retrouve la trace dans les explorations historiques de C. Charle sur la période de constitution des "intellectuels", avant et au cours de l'Affaire Dreyfus, où les Symbolistes sont la génération ancienne, coprésente avec ses intérêts spécifiques avec les parnassiens (antérieurs encore?), l'art pour l'art puis le naturalisme (Naissance des "intellectuels"). Les notes qui s'arrêtent, soigneusement, pour souligner les désappartenances nationales, dans le discours de ceux qui allaient devenir les intellectuels à droite - Barrès et autres proto-Ligue de la Patrie française, en regard de la Ligue des droits de l'homme et du citoyen : ligne de clivage et front de culture war. Voir, parmi le corpus des manifestes et textes de positionnements culturels (pétitions, défenses, enquêtes) ; textes où s'inscrit la naissance des intellectuels et se joue la bataille logomachique de l'élite en transformation : l'enquête franco-allemande de 1895, à laquelle on a une réponse de Maeterlinck.
Le franco-allemand ayant son "paradigme de l'étranger" (M. Espagne) à jouer dans la bataille, par le fait que s'y constitue le nouveau bloc social des "intellectuels" : artistes et savants et universitaires. 1895, on est au moment haut de la francisation de, et francisation par, le "modèle allemand", philologique. Sans doute il faut compter avec ça pour faire l'histoire de la phonologie française, qui court en parallèle avec les essayages du vers libre (cf travaux de G. Dessons).

Si ce n'est pas déjà fait, note : la pénétratrion de C. Charle est dans la qualité de sa perception du discours dans l'histoire : les "intellectuels" et comment la notion se dégage des logomachies emmêlées aux transformations matérielles des sociétés ; les stratégies de polémologie, etc. Ces savoirs et cette attention.

mercredi 27 août 2008

Savoir-pouvoir du libéralisme

Quel libéralisme y a-t-il à entendre dans "Academic freedom"? Dewey, fondateur de l'American Association of University Professors.
J'y pense, par contraste, en regardant se nouer les scénarios républicains du rapport savoir-pouvoir (l'élite et les problèmes de sa formation, en étant le paradigme), et se composer le champ autonome des "intellectuels" - dans Naissance des "intellectuels" 1880-1900, C. Charle (1990).
La démocratie qu'épluche et ausculte Tocqueville est un libéralisme. Il y a des choses à déconfondre avec soin. Reprendre aussi le libéralisme des visées de Humboldt, et des structures fondatrices du modèle universitaire allemand.