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vendredi 18 août 2017

Saussure phonologue

Je découvre donc, en descendant dans le toujours plus technique du parcours de Saussure (J Joseph), que Saussure est avant tout, au cœur de tout, un phonologue. Son premier cours, sur les unités et les "identités transversales", la sonante et mieux, le coefficient sonantique.
Plus précisément qu'un indo-européaniste (noter sa frustration du poste à l'EPHE qui le cantonne au germanique, sa décision de rentrer à Genève sous condition d'IE, et son terrain privilégié de l'Europe, concept saussurien actif, pour ce qui est des objets "modernes" en tout cas il me semble), ou un néo-grammairien bien sûr, qu'un philologue. Sans parler de devenir un "linguiste général", ou un fondateur de la.
D'où une importance du vers dans l'histoire d'"une" langue, que je n'avais pas comprise. Qui me renvoie à la difficulté de 1. son convertisse littéraire et 2., plus difficile théoriquement, son irritation aux "déformations" de l'écriture et aux "fixations" de la littérature. Poème contra littérature.
Il faudra bien que je trouve quoi en faire. Noeud. Ça se forcera par l'historicité, nécessairement, mais par quel passage. Et à quel temps de Saussure : les termes de ses travaux, ou leurs "conséquences". 

samedi 12 août 2017

Saussure au-delà de la phonologie - ou par

Saussure au-delà de la phonologie.
Je comprends plus profondément, poursuivant la lente et précise course de la biographie de J Joseph, l'investissement de Saussure dans la phonologie, et le caractère phonologique de toute la première et primordiale phase de recherche indo-européenne - toujours, la question du système des voyelles liberté avec le Mémoire, le système consonantique également, et les découvertes sur la sonnante, le sonantisme et le coefficient sonantiqu ; théorie de la syllabe ; entrée en enseignement exactement par le point de l'inversion de la perspective - premier cours à l'EPHE posant en principe le décloisonnement des catégories voyelle et consonne. Effets de sidération, avec leur comique.

J'enrage de ne pas être capable de suivre le parcours frayage de cette haute technicité dans le Memoire, qui dépend de sa haute érudition en histoire des frayages des générations précédentes ou rivales, de Bopp-Curtius aux néogrammairiens de Leipzig. Mais je dois me résoudre à cette limite - exercice rare, et vertueux. Rigueur exacte, localisation des limites : expérience de fréquenter une œuvre telle que celle de Saussure, si éclatante mais parce que, en tant que, émergée d'un milieu discursif extrêmement épais et prolifique en inventions disciplinaires et découvertes scientifiques rebrassant tant de l'épistémologie et de l'idéologie de l'époque, en phases successives et chevauchantes.

1891 donc, préparation de l'Essence double pendant les premières conférences données au retour à Genève - cours de b-a-ba, effort pour communiquer un contexte pour l'étude de la grammaire comparée grecque et latine et du sanscrit ; projection d'une vue sur la linguistique comme science historique, contre sa pratique comme science naturelle Schleicher Max Müller Friedrich Müller. Positionnement dans le champ et dans les localités scientifiques nationales - Paris, Genève, Allemagne dominante.

J Joseph note pour l'innovation de l'Essence double : "bigger philosophical and methodological questions". Les implications des découvertes phonologiques. Les recalculs de cadres conceptuels rendus nécessaires. Ici mon intérêt. Sa qualité ? D'histoire des sciences (qu'on peut formuler aussi comme histoire des politiques du savoir et histoire de la critique - un soin clé ici est de prendre en compte largement le contexte épistemique où Saussure lui-même déclare sa non-originalité, les sens communs d'époque et leurs densités discursives, avec "influences", lectures, rencontres conversations et avec conflits attaques opuscules enjeux de plagiats, et enfin avec jeu, mutuellement éclairant comme méprisant, entre disciplines) ; d'épistémologie ; de poétique du savoir. Pensée, invention de pensée, et conséquences transformatoires s'étendant en proche en proche discursif et en succession (sans linéarité) d'époques.
What ? Je ne veux pas recoller au philosophique. Ça peut se faire par matérialisme - d'où l'importance  du contrepoids dans le fil des sciences coloniales. Mais aussi. Dans l'ordre de l'histoire. Dans celui de la poétique - mais celle-ci n'est pas un repère, au contraire un à-identifier, à-sonder. Comme anthropologie historique du langage, right.
De même, irritée de trouver sur le chemin tout prêt la catégorie du méta, transcendance : au-delà de. Trope malmené par l'usure, et use and abuse à pente métaphysique ou fétichiste. Moins le méta que le  trans toujours, la pénétration horizontale de la criticité : moins au-delà que par.

dimanche 25 juin 2017

N = a

La jouissance linguistique de tels aperçus, insight. Saussure, premier éclair en grammaire comparée - que N et a, étant à la même place dans une série parallèle de mots de grec attique et ionien (tetákhatai = tetákhNtai), valent pour le même rapport, et alors que N fonctionne comme une voyelle : c'est le cran d'arrêt de la distinction voyelle consonne qui est levé ici, permettant toutes les explorations dans les sonnantes etc. - éclair dont il aura fait une petite mythologie personnelle (récits refaits dans Souvenirs et autres brouillons ou lettres ; roman de la stature scientifique : roman de l'amertume au refus de reconnaissance pour sa, ses, découvertes pionnières, rivalités professionnelles, lié au blocages de l'écriture, problématique de la publication, qui les premiers.
L'insight se fait en lettres classiques, avant le passage par les Aryas de Pictet, et la perspective de tout ce que le langage, étudié scientifiquement, peut réaligner dans la compréhension de l'histoire.
La nature du plaisir que j'ai pour ma part à la jubilation de Saussure, au premier peut-être des saussurismes : la qualité lumineuse de l'équation. La nature de l'abstraction, proportionnelle à la force de pénétration du changement impliqué - "conséquences innombrables". La grandeur du changement, tout ce que ça change. 

dimanche 14 mai 2017

Nota - dates Saussure et Weber

Je note, commençant l'introduction d'Isabelle Kalinowski sur Sociologie de la religion (2006), que Weber sort de crise dépression en 1904, se met à la construction du rapport magie/religion, et compose S de R en 1913.
Temps identique à la phase de Saussure sur les trois chantiers cours de linguistique générale, anagrammes, légendes.
Sociologie. Et germanophonie. Saussure passe pas Tarde et Durkheim ; par la psychologie sociale. Très près donc.
Mauss ?

dimanche 9 avril 2017

Littérature de Saussure

La question est de reconstruire "la littérature" - petite tentation de bloquer ça en un lacanisme, lalittérature, tant l'idéologème persistant tape sur les nerfs, Vraisemblable littéraire - telle qu'elle peut se présenter au regard de Saussure, et être par lui soumise à rethéorisation linguistique.

La difficulté théorique que présentent pour la poétique meschonnicienne les places que Saussure doit donner à la littérature et aux œuvres dans ses découvertes et "conséquences" est plus complexe que ce que le traitement cavalier de Derrida ne résout, c'est dit. Mais elle demande aussi une historicisation très précise, pour s'assurer de ne pas fausser les équations de la réflexion et d'enlever l'affaire avec les idéologèmes de la Modernité - aussi chers, et crus, soient-ils.
La difficulté philologique, généalogique, est considérable : il y a à la fois la grosse affaire de la question littéraire dans l'histoire française du politique (plan de l'histoire nationale, including le "rayonnement" culturel hégémonique) et le sacré noeud de l'orientalisme au cœur de l'épistémè moderne-colonial (plan de l'histoire internationale, coloniale). Point de carrefour effrayant des plus puissants courants culturels où la France s'est placée dans ses tramages historiques. Toute la construction d'une valeur du littéraire pour la construction de nation, de modernité et de puissance (ici on mesurera la différence d'objet, et surtout de dimension, par rapport à la littérature anglaise, qu'Eagleton a historiographié par un récit d'un grand trait - not the same beast at all) et la valeur des littératures et des lettres dans la négociation coloniale de la modernité et de la différence culturelle. Famille des discours littéraires (et souvent self-congratulating, Illustration) et famille des discours philologiques virant au linguistique, prenant le relais via le High Criticism des éruditions chrétiennes.  Diversité des usages et des laboratoires de "la littérature".

Cervantes sera facilement le premier modèle - indiqué par Saussure comme cas - et sans doute il y a dans ce cas lui-même des ingrédients éclairant les principes à l'œuvre : charnière du régime de l'autorat il me semble, et de la subjectivité moderne, voir. Quoi d'autre.

Quel Vraisemblable littéraire pour Saussure francophone et non immédiatement français donc, mais aussi lecteur multilingue, et de textes appartenants à un immense éventail de régimes historiques et génériques/discursifs. Les appelle-t-il tous "littérature" ? Ce serait logique, justement : c'est un acte de nivellement, pour laisser apparaître le relief du langage.
Alors allons-y : Taine sera un passage obligé, et alors replacer Sainte-Beuve (les carnets de Contre Sainte-Beuve sont écrits autour de 1908-1909, pleine période des Légendes+Anagrammes+Cours LG), Lanson et tutti. Repasser par les auteurs que le Saussure privé lit et écrit, en continuation de manière. Ceux qu'il étudie pour les langues et le langage ; ceux pour les développements de sa linguistique de la parole - versificateurs antiques. Mais aussi le corpus qui fait locus communis des philologie et grammaire comparée.
Et ainsi de suite en suivant, ânonnant après lui, ses parcours vertigineux. On commencera doucement, à la lettre, et dans les zones "seulement" francophones, avec la confiance toujours plus lumineuse quand on suit le "cours" de Saussure que la force du principe d'ensemble permet qu'une langue implique les langues et que le concept implique la théorisation.

dimanche 2 avril 2017

Littérature, populaire, dêmos contd.

Oui, aussi : la distinction entre populaire et littérarisé, High Culture étatisée, qu'on pourrait lire dans Saussure, est pendant la fin du XIXe un héritage épistémologique-idéologique. À situer précisément.

Le populaire concept romantique et allemand (résistance double à l'hégémonie culturelle francaise et puis à la Révolution, culture contre civilisation), et alors les folklorismes, Grimms, antiquarianism ; le peuple étant le primitif local, l'oriental interne. Et tournant de l'image de l'auteur : subjectivation, rupture sociale, nouvelles classes émergentes (avec éventuellement des figures du drama de ces redistributions, problématiques de l'intégration et des misfits héroïques), coordonnées bourgeoises. Le High, instrument (cf Eagleton sur The Rise of English, throw cobblestones/throw books) moins de d'élitisme que, plus indirectement, de contrôle social : imaginaire national et bourgeois et patriarcal, politique de la culture et de la langue, digue discursive (Arnold) contre le peuple mob, dêmos, en âge des révolutions.
La littérature, une forme-institution du siècle de la démocratie. Comment ça tourne, alors, après. XXe longue agonie de ce récit, hoquets travaillés dans les œuvres, idée de l'œuvre comme révolution inaugurale au siècle. Ensuite ? Peut-on continuer à raconter le fil de cette histoire hypothétique ? Quels en seront les épisodes et transformations alors, et quel statut quelle configuration de la ci-devant littérature ? 

Histoire des pensées, et pratiques d'étude, du vernaculaire. Dans les sciences orientalistes, convergeant autour du langage et de la différence des (par les) langues, pas facile à repérer.
Et situation présente de ces transformes.

Littérature de Saussure

Il y a cette hypothèse à regarder sérieusement, concernant la "littérature" chez Saussure, qui est en miroir de l'hypothèse que je rumine également du Saussure moderniste : que la pensée littéraire disponible à Saussure de 1875 à 1903 début des Légendes, des CLG et des Anagrammes simultanément est une pensée pré-moderniste, où le cadre est encore 1. néoclassique et postromantique (nationalisme, esthétique, style, autorat, y compris réalisme comme modernité victorienne...), et 2. orientaliste (et alors pression de la séparation entre Great & Little traditions..., et culturalisme racialisant, où pour cette question la race fonctionne, et le comparatisme de même, comme un index de culturalisme : la culture par la différence. La culture comme concept opérateur de la colonial différence, P. Chatterjee).

Voir plus exactement les développements de Taine à Lanson etc, pour ce qui est de Paris, et sans doute il faudra regarder aussi la Suisse et l'Allemagne. Wow.

Que Saussure est un moderniste : le lire avec Woolf et Joyce, càd avec Proust et Flaubert et... : justement, qui exactement. Maeterlinck. Mallarmé. Voir tout cette épaisseur historique. Qui travaille le national, en français ? Voir les métèques et étrangers du Symbolisme, pour commencer peut-être.

Que la littérature chez Saussure est celle que les œuvres contemporaines historisant en révolutions diverses, déclassicisent. Dénationalisent. Internationalité des mouvements et poétiques (cf notes posées à l'occasion de FIRE!!) est une première part de la réponse, mais n'emportera pas l'argument seule. Formalismes, Spatial Form, détricotage de l'auteur, éclatement de la voix. Voir. Une poétique qui devient naturelle, le Naturel qui est le nôtre en 2017 : l'art comme intervention, réinvention, réarticulation, travail de la transformation, historicité radicale du langage, poème. L'art comme
invention de la valeur : une modalité de lecture et idéologie de la littérature (c'est la mienne, difficile d'imaginer ses alternatives du coup), située dans son histoire, (post)moderniste. Revoir Modernité modernité.

D'ailleurs une autre vis à regarder : les plans disjoints des discours sur le moderne et le postmoderne, qui font confondre tout ça en une histoire successive alors qu'il me semble bien qu'il s'agit pour les deux d'un même phénomène historique, distribué dans deux plans ou écoles, recroisés par deux familles d'objets (art / culture) qui ne savent pas clairement qu'ils parlent de la même chose. La charnière moderniste, WW1 basically, qui aussi le pivot du système-monde colonial, est la post-Modernité européenne précisément, où s'invalident les Lumières et les humanismes, les empires (universalistes-racialistes), etc.
La mise au point sur cette question débrouillera pas mal des enjeux dans les résistances actuelles, nouvelles réactions contre "le postmodernisme" (Amselle et al.), et fera orthopédie dans le récit, maintenant installé comme Vraisemblabe rassis, de la mise au rancart du saussurisme et des totalitarismes théoristes des 60s, permettant le nouveau refoulement du langage.

jeudi 19 mai 2016

Modernité modernité

Le signe jamais deux fois le même, première phrase des Notes de Saussure sur Whitney : concept concentré dans les poèmes théoriques de :
"Messieurs, Messieurs" (retrouver où - cité par F Rastier)
"la guerre, vous dis-je, la guerre" (Cours 3 il me semble ?)
et Meschonnic : Modernité modernité.

samedi 19 mars 2016

Journal Saussure

Bonheur de suivre le chantier de Saussure sur les légendes, avec ses fragments marques de fabrique et de soin de reconstitution par B. Turpin, au moment où mon Ambekdar est dans un état de brouillon toujours plus saccagé.
Les aperçus, les séquences, les critiques (erreur ici, erreur sur ça, ne pas aller de ce côté...), les ébauches de plan d'exposition et d'appareil (index des personnages prévu et commencé en petites lignes).
Et le délice de saussurismes comme :
. 377 'Ainsi il faut s'en tenir à une sorte de doctrine [ne pas risquer l'illisibilité en tenant au détail de 'chaque point' de la chaîne mais passer sur les grandes étendues où peut s'observer la 'vague donnée', 375 du changement], comme malgré soi, et comme étant peut-être encore la meilleure manière d'exposer les doutes eux-mêmes.'
Et plus loin
. 377 'C'est ici que la méthode se revenge.'
En contexte de discussion d'épopées rapportant les crimes de l'hsitoire mérovingienne.

Et en passant, les néologismes essayismes de travail : 'valkyroïde', 'le récit teinté d'épisme', 379.

vendredi 17 juillet 2009

Structuralisme et tournant de la traduction

Une séquence à souligner ; sa proposition à présenter, et à élucider : que l'expansion de la thématique universitaire de la traduction, internationale (un comparatisme en serait pertinent), est un épisode nouveau dans une histoire de la pensée du langage, qui peut être post-saussurienne (ou pas : d'autres généalogies, qui se croisent, et sont causes de certaines vues brouillées. Y couper des chemins clarifiés). Le translative turn (comment se rapprocher de cet objet historique, pour en examiner les stratégies? les motivations?) comme "conséquence" "nombrable" celle-là justement (CLG p. 100), de la période du langage (où le structuralisme n'est pas seul, largement ; il faut le prendre en compte), et conséquence qui a une valeur en tant qu'elle n'est pas le backlash observable dans d'autres prolongations, ou après : des "retours" et des ouvertures ou précipitations vers des directions opposées. Qu'elle garde bien la question du langage, et d'une anthropologie linguistique, mais qu'elle force les produits saussuriens à déployer la diversité des langues.
Par ce point de vue, avancer dans la masse en suivant le fil des enjeux idéologiques : quelle conception des rapports entre langage et peuple/culture. Quelles idéologies du langage. Avec leurs incarnations institutionnelles ou de pouvoir.

mercredi 15 juillet 2009

Tâche, activité, faire

Je ne sais pas depuis quand en France les disciplines sont identifiées par leurs tâches - ni en Allemagne, l'antécédance de l'Aufgabe, positionnée pour le traducteur par Benjamin en 1923, à partir de Baudelaire. Mission, être mandé. Je retrouve Abélès en conclusion épistémologique de Anthropologie de l'Etat (1990) : marquant le souci dans ces termes : "C'est la tâche de l'anthropologue que d'approfondir sans cesse cette investigation des mots, des actes et des intrigues qui font de l'action politique un drame à nul autre pareil." (232)

Dans Saussure, c'est : "ce que fait". Est-ce que ça distingue quelque chose? Les temporalités différentielles entre morale et éthique du travail de savoir. Meschonnic dit "activité" - sans le même concern exactement pour les disciplines puisque son plan de travail est le critique - et mesurer les "conséquences innombrables" de Saussure en suivant les lignes qui traversent les plans disciplinaires, le long des rigoles du langage.
Saussure historien : personne ne mande le linguiste. De même personne n'appelle, Beruf, ce "savant" (Weber). La différence est bien située du côté de pratiques-cum-idéologie (praxis) de l'histoire. Le point de vue n'étant jamais celui de l'avant ou du prospectif : le savoir toujours bien au bout de la phrase. Quelque chose de trop fin, ici, pour le nouer pour l'instant.
Il n'y a pas de devoir disciplinaire. Dette. Mais, disons, la "vie", pour simplement pointer grossièrement un certain mode d'historicité.

NB : Saussure parle bien de "la tâche du linguiste" : "est de définir ce qui fait de la langue un système spécial dans l'ensemble des faits sémiologiques" (CLG p. 33). Et de "Matière et tâche de la linguistique, ses rapports avec les sciences connexes", titre du chapitre 2 de l'Introduction (p. 20).

jeudi 1 janvier 2009

A partir de Orientalism

La généalogie, archéologie, histoire des disciplines, histoire des savoirs, carte historique de rapports de savoir-pouvoir dans les impérialismes français et britannique, que fait Said dans Orientalism (1978 donc), donne beaucoup à souligner, de perspectives fines.

. les valeurs et la politique qui sont en jeu dans le passage, historique mais aussi du point de vue idéologique, de la grammaire comparée à la linguistique générale. Dans une histoire de la politique des langues et du langage. Reprendre par la critique, "radicale", de Saussure ; et dans le fil de sa contribution explicite au débat explicite d'époque-et-d'héritage, sur les sciences historiques (Renan, 142 ici, et "la science historique de l'esprit humain", 139). Sur la scientificité, et la fonction et le statut sociaux de la science et es sciences. Histoire nouée à celle de l'anatomie comparée (voir Les Mots et les choses) - et au biologisme idéologique du XIXème, modèle Cuvier et tératologie des deux Geoffroy Saint-Hilaire. Nouée dans le paradigme culturel de la science (+ Progrès + historicisme), à base de classification et comparaison. Faudrait voir aussi sur quels modes ça se noue à l'histoire de l'anthropologie/ethnologie.

. le comparatisme, comme base méthodologique de "l'orientalisme" et dynamique du projet impérialiste. A suivre vers ses résultantes, pour continuer à entrer dans les logiques politiques de la Comparative Literature et de la Littérature comparée, historiquement et actuellement. Pour distinguer aussi par là les projets alternatifs pour penser l'étranger.
Commencer, là, par regarder comment la question de la littérature rentre dans le jeu. (Où viennent se prendre ensemble les pans que Said chercher à rassembler alors que ses termes mêmes les tiennent à distance et en hétérogénéité : l'individuel des peuples souffrants, en face des abstractions totalisantes - race, nation, histoire, culture).
Le comparatisme est un historicisme.

. "l'orientalisme" (jusqu'à plus amplement informée) se lit comme bien la marque de Said, et le geste d'idéologisation. Qui est à la fois une poussée théorique-politique capitale, et génératrice d'une force critique amplement démontrée, et la note d'un moyen terme libéral, humaniste, de la critique.
"Orientalisme" n'étant pas peut-être la désignation du champ ("orientaliste", comme angliciste, l'est bien), mais une traduction en -isme d'une orientation inscrite dans une discipline.
Le passage au -isme est le geste de Said, il me semble. Là à la fois sa force et son frein. Le moyen d'un entre le théorique et le politique (qui fait tout à fait autre chose que Foucault, et prend les dynamiques du concept méthodologique de savoir-pouvoir - explicitement c'est entendu - vers autre chose que ce que Foucault propose sur ce nouage violent), et celui qui lui rend la position du public intellectual naturelle ; peut-être unproblematic. A voir.
Comme encore : la variété des valeurs politiques que prennent les modes de la critique, comme modes de pensée du rapport entre pensée et pouvoir.

lundi 17 novembre 2008

Peuple, vie, vivisection

Renan ("Qu'est-ce qu'une nation?") parle du travail d'historien comme vivisection sur les peuples. C'est qu'ils sont vivants. "La vie des peuples", Saussure. Et le vivisectif comme modernité, Joyce : vivisective spirit, modern spirit.

lundi 11 août 2008

Anthropologie, critique du politique communicationnel

Je reviens sur mon impression au bout de la lecture d'Abélès ; la conclusion d'Un Ethnologue à l'Assemblée (2000, Odile Jacob) ayant largement répondu à mes questions sur la spécificité de l'apport par l'ethnologie, et la valeur heuristique de la proposition, doucement bousculante, d'étude ethnologique dans un milieu interne / extime tel que le parlement français.

La conclusion reprend plus large, des repères d'une histoire de théorie politique du parlementarisme, par Carl Schmitt, Rosanvallon et Baudrillard, et Habermas. C'est le geste du calcul de l'incidence, qu'il y a à attendre en effet d'une étude ethnologique : du nez-dans-le-milieu à la vue haute, qui recartographie et mesure les déplacements.
Abélès y dissout successivement deux modèles (critique d'Habermas qui critique la philosophie politique) pour arriver à la proposition finale : ce que fait une anthropologie du politique, comme décentrement d'une théorie politique (comment mettre mieux le doigt sur cet ensemble?) du politique. 301 : "l'anthropologie politique offre une perspective originale dans un débat qui a surtout mobilisé les philosophes, les politistes et les sociologues, et dont l'enjeu n'est rien d'autre que le futur des sociétés démocratiques."
L'attention ethnologique est sur les pratiques parlementaires : et ce point de vue révèle la question, l'ambivalence irréductible et conflictuelle, des conditions d'énonciation de la loi, càd aussi du parlement comme "lieu du politique" (titre de 1983) qui embraye le local au national, la représentation à la délibération, "négociation et discussion" (328), le combat au débat. Abélès : "la question des pratiques mêmes de la représentation" (321).

Part du problème à penser : "la prise de conscience collective d'une déstabilisation profonde du politique" (299), "ce recul du politique" (300), pris dans les courants croisés de la mondialisation des coordonnées du politique (post-national), de l'économisation des questions (géo)politiques et de la médiatisation de l'espace public (concentrée autour de la télévision, et la "société de la communication"). Contexte (333) : "la forme de l'Etat-nation est en train d'imploser sous nos yeux".
Et chercher le sens de l'institution parlementaire - pressée de "modernisation" et la "culture de l'évaluation" (306 - mais "l'illusion tenace selon laquelle la professionnalisation de la vie politique, une régularisation des statuts, [...] permettrait de résoudre la crise"... "On se situe là dans une problématique entièrement commandée par des impératifs de communicabilité, et c'est là que le bât blesse."), suspecte de faiblesse irréversible dans l'usure de la Vème république, et accusée de fabriquer la fracture "entre les élites politiques et les citoyens" - dans cet espace reconfiguré.
Problème à penser : "la fonction de représentation".
Perspective ouverte : "sortir d'une vision qui enferme de plus en plus le politique dans la sphère communicationnelle" - qui "finit par occulter l'enjeu même de l'activité délibérative, au profit d'une conception, en apparence plus démocratique, mais pour le moins contestable. En effet, l'obsession de la communication, qui cherche désespérément à réconcilier la politique et la 'société civile', voir dans le Parlement une médiation superflue" (322).
L'enjeu est politique, simplement : c'est la prévalence de la démocratie libérale, sur la démocratie républicaine. L'Etat de droit (et le droit-de-l'hommisme, et la légalisation du politique), et ses racines emmêlées avec le capitalisme et la politique privative.
Pour : au-delà d'un "retour à la politique délibérative" proposé par Habermas (323), un point de repos tensif sur "les ambivalences de la représentation" (329). 333 : "Non, décidément, l'Assemblée n'est pas le lieu d'un rituel vide et d'un formalisme creux / désarroi, malaise, etc. 333. Thèse : "l'exercice de la représentation politique est une affaire complexe. Echanges d'opinions, délibération publique, fabrication de la loi sont inséparables de l'expression des intérêts et de la figuration pour le public d'un rapport de forces." ; "L'Assemblée est le triomphe de l'actuel et du présent dans un monde où l'image... tout prend ici densité et consistance".
=> le parlementarisme, et le parlement français, n'ont pas à être épurés de la critique. Condition.

Présent de l'énonciation publique (énoncé et énonciation ; rapports de sens et rapports de force. Avec la métaphore du théâtre pour penser la représentation - discursivité, culturalité du politique : non pas, à la Baudrillard, le spectacle et la simultion ; mais le présent public).
La question est en effet : quelle théorie du langage (discours et société) pour fond de l'idéologie présente. L'enjeu d'une anthropologie critique du politique est la distinction fine, à ouvrir, entre populisme (l'immédiateté libérale, la société civile exigeant sa part sur l'espace républicain), république (avec les maladresses, les grossièretés sociales, des républicanismes), et populaire/peuple, comme moyen de l'ethnologie (différentiel culturel).


La proposition est que le milieu parlementaire, dans les jeux de son "ambivalence", "ambiguïté" (312 - mais ce ne sont pas exactement les termes exacts, puisqu'il n'y a pas de logique à espérer tirer au clair, dans les affaires des hommes - "affaire du peuple" dit Kafka : plutôt, sa fonction de shifter du présent public. Simplement, le double saussurien, qui est l'opération de l'historique : je-culture. Abélès propose aussi, régulièrement, "combine" ex. 312), reste opératoire, même si méconnu - voir alors les forces sociales à qui servent cette méconnaissance active. Le faire connaître, donc ; par une ethnologie : un regard "naïf" (huron et persan de l'intérieur - l'étranger de l'intérieur), déculturé, désidéologisé.
Le regard est porté sur les tensions, difficiles à vivre, et qui produisent en effet de la conflictualité, dans "la dialectique du local et du national" (302 - en France la "très forte territorialisation qui caractérise le système électif".

Prendre aussi appui sur une échelle de repères théoriques-historiques :
1 . une perspective dessinée par C. Schmitt (avec l'expérience du parlementarisme désastreux de Weimar - Parlementarisme et démocratie, 1920s), d'un passage d'une démocratie d'opinion à une démocratie d'intérêts. Dans la réflexion sur action et décision du côté de l'exécutif, et discursivité du législatif (lieu des arguments et contrearguments ; interlocution, confrontation et évaluation de différents énoncés : travail l'élaboration du nomos, norme applicable à l'ensemble des citoyens. Généralisation des particuliers, et en ce sens veritas (le juste), contre la pure autoritas (l'ordre). Depuis les assemblées grecques, "l'échange des opinions en vue d'obtenir une vérité relative", en accédant à un niveau de généralité (310-11) Contrepoint permanent à l'action, et référence permanente à la réalité des forces en présence, des intérêts divers.
=> "L'acte même par lequel on met une question à l'ordre du jour" : "non seulement la toute-puissance de la discussion, mais aussi [...] la publicité qu'elle requiert" (311). Ce n'est pas la communication, par la délibération seules qui sont en jeu, mais la discursivité complexe de l'interindividuel (les particuliers) et du collectif. Audible par tous, adressé vers tous. La publicisation : "mise en représentation des intérêts et des opinions".
=> Abélès conclut à l'ambivalence comme coeur : "On mesure ici l'ambivalence fondamentale de toute représentation, puiqu'elle combine simultanément deux opérations discursives : l'échange et l'adresse. Enoncé et énonciation du dire-la-loi. D'où le doigt sur le problème, un peu à côté ("the accent falls differently from of old") : "Le problème n'est pas tant que les députés se fassent les mandataires des groupes particuliers dans leurs discours, mais plutôt que les conditions d'énonciation de ces derniers privilégient l'ambivalence. Le lieu du politique se caractérise par une donnée irréductible : on y discute entre soi tout en s'adressant à des tiers." 313.
Schmitt oppose la lutte des opinions (et les partis) à la lutte des intérêts (et les groupes de pression et d'intérêts) : privilégier les rapports de force au détriment de la recherche du vrai relatif. Pratiques de la négociation et du compromis (cet irénisme libéral - qui déplace les conflits dans des marges dépolitisées : à la charge de la responsabilité privée. Et le pouvoir à l'état nu, rediffusé dans l'espace social), primat du calcul dans une compétition pour le pouvoir. Le diagnostic de Schmitt est celui d'une bascule par la démocratie de masse, qui a vidé la discussion publique. (313) Les partis sont devenus des camps, les vrais débats ont lieu ailleurs, et on prépare les totalitarismes. Abélès sur maintenant : gouvernance, affadissement effacement du débat d'idée, démocratie de la négociation (cf expérience du parlement européen : experts, chargés d'exprimer certains intérêts). "Les opinions s'effacent sous la puissance des enjeux" 315 ; il s'agit de fabriquer des compromis acceptables. L'expertise, cruciale ; les dossiers. Les majorités pragmatiques et coalitions. Alors que le monde en Guerre froide s'affrontait en camp du communisme et camp de la "liberté", "la politique 'mobilisait', la notion d' 'engagement' jouait un rôle essentiel, face-à-face télévisées etc. (Now : "libéralisme social" fait un continu sans repères).

2 . Rosanvallon sur la "panne de la représentation" actuelle (dans Le Peuple introuvable. Histoire de la représentation démocratique en France, Gallimard, 1998) : "désociologisation de la politique" (découplage croissant entre les choix politiques et les appartenances sociologiques). Avec Baudrillard : diagnostic commun - "la fin du social" (A l'ombre des majorités silencieuses, 1978), comme résultat de la démocratie de masse. Lui le lit par le passage de la représentation à la simulation. Communication de masse, "démocratie du public" (Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, 1995) : un autre circuit, "déplacement de lieu du politique" (321) - "les gouvernants consultent directement les groupes d'intérêts et associations, et la discussion est portée devant le public par le biais de la télévision" (320-1).

. la démocratie communicationnelle : entendre les discours sur la fracture sociale et les élites politiques découplées du peuple, dans leur valence comme idéologie de la communication. Contact direct avec les citoyens, immédiateté, "participatif", recherche de formes d'expression plus "authentiques", "où l'on puisse enfin se parler sans détour" 323. Et cohérence des deux côtés de la fracture, trans- et donc idéologique : "d'un côté l'interpellation médiatique, le face-à-face direct entre gouvernants et gouvernés ; de l'autre la prolifération des cercles associatifs propres à alimenter civilité et citoyenneté" (cf "inflation des métaphores de la 'proximité' et du 'lien social').
Courtcircuiter les médiations (cf Ecole de Frankfort) c'est simplement dépolitiser ; basculer le politique dans l'espace social ; espace de "la société civile" (située comme telle par Foucault dans l'analyse du libéralisme, Naissance de la biopolitique).

3 . Habermas, alors : apporte une dissolution de problème à saisir : diagnostic (325) d'un "glissement progressif d'une conception républicaine (la politique y est considérée comme un élément constitutif du processus de socialisation ; charnière entre la société et l'Etat - communication publique orientée vers l'entente), de la politique à une conception libérale" (qui met en présence deux instances de régulation, l'administration publique et les échanges privés" : compétition pour les positions de pouvoir. L'Etat de droit assure la préservation des droits fondamentaux, et prend en charge la gestion administrative. L'opposition est entre : "tractations entre intérêts privés" et "production d'une opinion majoritaire dans la discussion". Gestion et Etat de droit, aurait maintenant gagné.

=> thèse Abélès : "le processus d'Assemblée combine aujourd'hui démocratie d'opinion et démocratie de négociation, et de là vient la complexité et la faible lisibilité de ces pratiques" (327).
[Problème technique ici : superposer la nature de la pratique parlementaire avec son état actuel. Comment penser son histoire alors?]
"Imbrication entre négociation et discussion" (328). Habermas "a tenté de dépasser l'opposition" entre les 2 modèles par : " 'faire du concept procédural de politique délibérative le coeur normatif de la théorie de la démocratie' " (L'Intégration républicaine. Essais de théorie pol, trad. fr 1998). Contre le macrosujet ("Etat" libéral ou "volonté collective" républicaine) : l'intersubjectivité et l'entente, dans les espaces publics politiques : "Cette procédure démocratique établit un lien interne entre les négociations, les discussions sur l'identité collective et les discussions sur la justice". Amener donc le regard analytique sur ce milieu de médiation, et la perspective du procédural comme perspective critique entre le libéral et le républicain [?]. Théorie de la discussion, comme nécessité d'un accord intersubjectif sur des normes communes. "[O]ffre l'intérêt de focaliser le processus d'engendrement de la volonté politique."

Mais les "questions que suscite l'anthropologie politique du Parlement", pour le "recentrage sur l'essentiel : les pratiques délibératives", Habermas insuffisant - 3 pistes :
1) la difficulté du va-et-vient entre électeurs/circonscription et Assemblée. Discussion et réprésentation sont imbriquées, inconfortablement. Députés discutent entre eux, mais au nom du et à l'intention du public ; "la force de l'énonciation publique dans l'institution parlementaire, c'est qu'elle combine le parler avec, le parler au nom de et le parler pour. " 330 cette ambivalence (=> Tensions sur la question des cumuls des mandats : ce symptôme ; on touche un nerf. La représentation implique un lien avec la société réelle, et sa nécessaire concrétisation dans un rapport direct avec des territoires et des groupes.)
2) l'approche procédurale ignore le jeu entre parole délibérative et la fonction de l'écrit au parlement. Le règlement, les sténographes, fonction de rédacteur, règles de l'examen des textes "cette connivence profonde entre la production de normes et l'écriture" [331 - mais je ne vois pas bien l'enjeu qu'il veut souligner ici - quoi, l'écrit? En quoi fait-il bouger le modèle prodécural?]
3) débat parlementaire "combine à ce travail de mise en texte la mise en spectacle d'un antagonisme entre deux camps." 332 Bataille, conflictualité, spontanéité et violence : débat et combat [mais analyse politique, anthropologique, de la violence?], et le "miracle" de la loi qui en est produite. Théâtralisation des conflits : spectacle de rapports de force bien réels. [cf : rapports de sens / rapports de force : Beaud & Weber].

La fin est délicate : entre l'analyse et la militance ; la nature et le projet ; l'objet de l'étude et prendre parti pour lui (sauter dedans). "Jamais, peut-être ... la démocratie des opinions n'a été aussi nécessaire" 333, le défi : "inventer de nouveaux forums qui reflètent une plus grande diversité des modes d'expression pol, mais en même temps préserver la puissance de l'institution parlementaire" 334.