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jeudi 27 novembre 2008

Nouveaux plans du savoir

Plus précisément : the take would be :
Il y a des savoirs des langues, des cultures et du rapport de culture, et des sociétés, actuels, qui se composent et s'affermissent, trouvent leurs formes sociales, s'implantent et se forment en pouvoirs. Il faut les observer, les identifier, analyser leur mobilité, leurs pratiques et leurs formes. Et les situer. Forcer, cet effort analytique - stratégique dans le sens où il se sait être un travail politique - de les situer dans un rapport aux sciences des langues [well there's a thing - ce blanc épistémologique, dont on peut pourtant faire apparaître, par un travail théorique et historique historiographique, des linéaments. Voir les Philologiques], aux sciences de la culture et du langage, et des sociétés. LSHS.
C'est là qu'il faut placer la visée du travail.

Un élément de ça, un pilier, sera : les "sciences européennes", au sens de Husserl. D'où une liaison immédiate avec le projet "Quelle Europe de la connaissance?". Que je retrouve naturellement sous mes pieds.

Il faut aller au devant de ces activités, ces métiers, ces discursivités, ces blocs ou séquences sociaux (composés de discours, individus, groupements, textes, affichages, autorités de toutes sortes), qui passent au-dessous du radar scientifique, justement. Ou au moins y passent trop. Une actualité culturelle du savoir et des savoirs, qu'il y a à composer, à suivre, dans le temps de sa composition, et ses labilités étonnantes. Nous emmènent dans des terrae incognitae - inconnues par moi en tout cas, et invisibles à l'Anglais ou aux disciplines que je traverse.

Le marketing comme lieu de développement d'un savoir sur le social, le public, la constituency, inouï pour les disciplines universitaires ; celles des Humanities en tout cas. Les politiques de langues, les politiques des savoirs, la société de la connaissance : on a tout dans le même écheveau, ici. Mais on peut apprendre à détailler. Les think tanks, les métiers du consulting, du coaching [tiens : l'enseignement aussi mute ; on le sait et on ne le sait pas. Les états du pédagogisme actuellement! mis en visibilité par la crise des IUFM], de la creative class. La VAE et la "formation tout au long de la vie". La flexibilité : le travail comme formation. Oh dear : on tire un loose end et tout vient avec. L'état du travail, et l'état du politique, dans le nouvel esprit du Cap'. Mais maintenant l'inflexion, encore à comprendre, de la crise financière...
Agenda.

Aussi : ces savoirs sociaux, savoirs qui montent des pratiques du travail/du capital, sont encore un autre plan que les savoirs du quotidien, identifiés par les ethnométhodologies. Faire ces situations en rapports.

lundi 11 août 2008

Sciences européennes - de la littérature

Le Paradigme de l'étranger, de Michel Espagne, toujours une mine.
Le processus de "différenciation" de la "littérature étrangère" aux littératures singulières, aux "aires culturelles", et aux champs disciplinaires découpés selon "langue-et-littérature-nationale", reste difficile à percevoir dans sa logique historique culturelle exacte.
L'une des plaques tournantes est certainement Mme de Staël, qui met en différentiel un romantisme allemand héritier de la Réforme et la tradition catholique et hégémonique du classicisme français. C'est l'histoire politique parallèle et rivale de la France et de l'Allemagne qui s'y déroule, sur 150 ans d'épopée par la science littéraire. Mais la complexité de ce nouage est riche encore et encore.
. par exemple : qu'est-ce qui préexiste donc aux "littératures étrangères", comme entités nationales et propres à disciplinarisation, institutionnalisation universitaire et culturelle? Avant la carte littéraire européenne des Etats-nations (une Europe pré-nationale), qui est celle qui se fabrique graduellement, différentiellement, au long du long XIXème siècle (1848 : époque des nationalités) : la République des lettres? Les clercs - et donc en effet un fil du côté de l'Eglise, système culturel-politique trans-national et européen. Les lettres humanistes, prolongées depuis la Renaissance, phénomène de nouvelle production de l'Europe - l'Europe produite comme monde au moment de la découverte du Nouveau Monde ; l'Europe bien sûr produit du colonialisme européen, et donc du commerce de l'étranger, intra et inter - dans une modernité qui prend sa source en proto-Italie et diffuse en latin. Les milieux aristocratiques qui sans doute voyagent entre les cours royales.
. la notion de littérature étrangère, quand elle devient "littérature anglaise (etc.)" et "comparée, se déplace déjà dans un nouveau milieu, post-révolutionnaire. L'Europe, comme ensemble d'Etats-nations européens, est post-révolutionnaire, et graduellement-démocratique (ou est-ce : républicaine?) : avant elle il y a l'hégémonie culturelle française, qui diffuse en français, et dans la forme du goût - classique, universaliste puisque esthétique, littéraire et critique. Contre elle il y a l'émergence de la notion de culture comme contre-culture allemande, romantique et philologique ; qui joue la culture comme nécessairement les cultures contre l'universalisme colonialiste du goût et des Belles-Lettres. "Historisation du goût", écrit Espagne. Et question du peuple - "affaire du peuple" (Kafka). D'où les folkorismes du XIXème, et ses sciences ethnologiques.
(Puis, bien entendu, le déraillement historique de l'Empire. Avec les tensions qui font une figure comme Mme de Staël.)
. la littérature dans ses déroulements des cultures aristocratiques aux démocratiques - et de sa place sociale du privé au culturel. La démocratie par la "culture", concept actif et modelant ; inscrivant des institutions et des modes de pensée.
. à regarder aussi, la question de la littérature comme instrumentale dans le rapport entre républicanisme et libéralisme. Le concept de "culture", concept libéral - qui va avec l'université libérale issue par ex. du libéralisme de Humboldt, etc.

La littérature, naturellement, non le reflet de cette histoire mais participant de cette histoire.
Les sciences de l'Europe : les savoirs - formes de langue, formations discursives et institutions - productrices d'Europe.

A lier à Husserl, et la Krisis.
Une Europe de ces sciences. Produite, constituée, par elles. Par "Bildung", et De l'Allemagne, et l'invention de l'indo-européen, de la littérature étrangère, etc.