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jeudi 25 mai 2017

Trans-impérialismes - Great Game et suite

Je comprends très très tard, ignorance vraiment dommageable sur une dizaine d'années de travail, combien les rivalités coloniales comme principe historique moderne sont habitées par un protagoniste structurant le Great Game : géopolitique victorienne (Lord Curzon sa figurehead conservatiste dans un âge violemment passé à un autre état du monde avec la guerre, d'où les contresens d'analyse et de politique), impliquant une immense interface, territoriale mais aussi conceptuellement constitutive, entre l'impérialisme britannique et l'impérialisme russe puis ses reprises tâtonnantes, opportunistes et largement cyniques, par les Bolcheviks.
L'enjeu est celui d'une guerre des impérialismes : consolider les alliances maximales, outre bornes préexistantes ou subordonnées, contre "l'impérialisme", nom de la puissance britannique.
(Pour Saussure aussi, l'impérialisme - le colonialisme est-il en question d'ailleurs ?, voir - est synonyme d'anglo).

Staline aux commandes de la politique "des nationalités" : je comprends mieux, comment c'est maillé, en histoire et en alliances. Premier congrès de Bakou récemment reconquis sur l'Azerbaïdjan musulman,  "des peuples de l'Est", 1920, soutenu par le Comintern, Zinoviev, 3e internationale donc - et avec les reconquêtes (relais soviétique des conquêtes tsaristes) de la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan, "Moscow's alliance with anti-communist leaders of Islam", Fromkin 485.
De même en 1920, Djamal envoyé en Afghanistan, auprès du Amanullah Khan, fondé une Islamic Revolutionary League, et "convainc" des "noble ideas and intentions of the Soviet republic in regard to the liberation of the whole eastern world", 483.

vendredi 7 avril 2017

1990s sur nationalisme

Tout à fait intéressant de voir apparaître un maillon historique que j'avais ignoré, dans mon propre pré pourtant mais ; répéré de manière très floue et périphérique mais ce n'est que maintenant que j'en comprends la conjoncture :
Michel Wieviorka sur Nationalisme, populisme, ethnicité, en 1993. Tout le débat sur le nationalisme au tournant de 1990, avec la dissolution de l'URSS et pas encore l'explosion de la Yougoslavie, still brewing there at the time. Les gros travaux de Taguieff, le débat français sur l'antiracisme après 1983, mais en contemporain de Hobsbawm (lu en anglais par MW), Balibar-Wallerstein (double parution dans les deux langues, avec d'ailleurs un assemblage de traduction/version particulier si je me souviens bien, deux auteurs), B Anderson (lu en vo), E Gellner / D Schnapper, P Birnbaum et Z Sternell. À travers toute ce période, le travail de MW, avec ses collègues sociologues (époque Solidarnosc, ETA ; violence terroriste comme figure problématique ausksi), et dans le sillage d'A Touraine - soit, la question posée par les NMS à la sociologie.
Période, conjoncture : les nouvelles démocraties générées dans la fragmentation du bloc soviétique en Europe de l'Est, et comment elles pèsent dans la bascule d'une compréhension de la démocratie à compter de ce moment. La Pologne est un cas test pour Wieviorka.

MW note bien, pour cadre de travail en clarification, le "champ" des sociologies : relais des anciens pôles de "l'ordre et la reproduction" (17, incluant Althusser Foucault Bourdieu), et sans doute ancien aussi "sociologie de la décision" (??, Aron et M Crozier), + libéralisme avec individualisme méthodologique de Raymond Boudon - relais par la sociologie de l'action. Qui se pratique comme : des acteurs.

Comment ces réflexions et sondages historiques dans la formation des nationalismes, aussi, sont doublées du, et plus ou moins aware du, développement de la réflexion postcolonialiste sur la colonialité de la modernité - Nation and Narration, HB etc. Rapports et non-rapports ?

samedi 5 novembre 2016

Rebondissement : nation, narration et classe chez JP Faye

Non seulement Olender, Les Langues du paradis en 1989 (date de The Empire Writes Back), mais Jean-Pierre Faye en 1972 sur Gaulois et Francs, et les narrations, transformées, et activées dans l'histoire : Introduction aux langage totalitaires. Benedict Anderson part sur la généalogie du nationalisme, Imagined Communities, depuis un tout autre angle discursif, en 1983 (et au moins prend avec lui, depuis l'anthropologie donc, la question de la colonialité). Et Hobsbawm (avec T Ranger, The invention of tradition est de 1983) et Nation and Narration (Bhabha mais aussi par Renan, et Tim Brennan).

"L'effet Mably", dit-il.
Et surtout : la question est celle de "l'excitation révolutionnaire" (Mably, frère de Condillac), et plus tard développée, via Engels, via Marx : "(Augustin) Thierry le saint-simonien va en arriver à l'énoncé crucial que Marx viendra lire chez lui (et chz Guizot) : 'lutte des classes ennemies et rivales'." (36)
Il s'agit aussi de la constitution de l'histoire comme discipline, dont le tournant d'Augustin Thierry (sur les "Franks", 42.


Bien sûr, sous la plume de Mably, "les Barbares", 38.

La construction de Faye est à examiner de près, une fois repérés ces enjeux : la référence à Marx et sa technicité exacte, qui est un peu autre chose (y compris par la caractéristique de la germanophonie de la réflexion de Faye, cf ajout de traduction du Capital, inédit dans l'édition française, 40) que le marxisme en débat avec les postcolonial studies. Warensprache, langue des marchandises.
Car il s'agit de composer une pragmatique de la narration, 'transforme', "change de forme" (donné comme citation de Marx) de "la face des nations" (citation de Mably).

L'articulation avec Bataille va me pose plus de problèmes : insituable.


vendredi 1 juillet 2016

Mondialisation suite - renationalisations

Les effets de la Mondialisation continuent à se développer, dans des formes imprévisibles (à voir d'ailleurs) ; se modèlent, évoluent, infléchissement la valeur du concept/idéologème ; marquent les tournants dans l'histoire contemporaine :

. 1990s les guerres ethniques en Europe, giving Globalisation and the vision of Global Europe the lie. Expressions de la mondialisation.
. 1999-2001 articulation majeure, Seattle-9/11, War on Terror nouvelle polarisation East-West
. 2008 date nette, crise financière sur le système-monde, répercussions politiques de longues ondes
. 2011 printemps arabes, puis le relais d'Al Qaïda en ISIS
. le Brexit est moins local que systémique, pour raison d'Europe et pour raison de postcolonialité. Il se relie aux années de proliférations des zones de mur et de migrations bloquées enkystées ; se relie à "la montée des populismes" d'Europe (+ autres histoires à connecter). Crise de l'Etat, dans la crise de l'Etat-nation. Question anxieuse du politique, qui s'articule en termes également changeants.
La Mondialisation comme prolifération de la frontière, et des espaces fabriques de l'exclusion.

S Mezzadra parle de renationalisation, conf juin 2016 à Berlin.

jeudi 7 mai 2015

Naomi Kein, et la nation

Le point de vue façonné par Naomi Klein est bon, grande scène large, compréhensive ou systémique, pitching climat et capitalisme. Par le climat, on a la systématicité des relations entre nations et donc l'imagination libérée du nationalisme méthodologique : la nation bien historique et mobile, et sans surprise on l'observe bouger et fissurer. Mais avec la terreur religieuse de Tocqueville devant la démocratie.
Lecture pendant les paroxysmes des migrations africaines vers l'Italie.

Reste qu'il y a des naïvetés d'usage quant à l'analyse stratégique. Volontarismes. Au moins rhétoriques, dans l'élan de la dénonciation, animus.
Bien, et pénétrant : une dissection des climate deniers et de leurs stratégies énonciatives, avec leur force de frappe politique et capitalistique. Et, plus serré encore, et plus nécessaire stratégiquement, une dissection de Big Green et du mainstream des mouvements environnementalistes.
Il s'agit de trouver, sculpter, des positions d'énonciation qui sont autant de prises sur. Points critiques pour les réarticulations. Comme toujours. Travail de théorie politique : composer des plateformes, infléchir des courants de pouvoir. 

vendredi 16 janvier 2015

France attentée

Ces excellentes, cinglantes leçons sur l'adhésion, et l'identité sociale.
Leçons quant au sentimentalisme national, parfaitement mis à distance par les spectacles des effets d'union nationale, et sacrée. La France, interpellée par attentat, devant "l'Islam mondialisé" (Olivier Roy), s'évanouit comme on froisse un papier comme cadre pour faire sens des événements, même si elle reste le cadre historique de leurs coordonnées ; accents reconnaissables, références à l'histoire justes ou idéologiques-sentimentales, situation dans le contexte de l'Europe, de l'Occident (réalisé encore une fois par interpellation) et du monde. Plus historicisée que jamais, plus résultante - impressionnante comme telle et complexe - que source, à existence ontologique. Vive expérience vivisective, bonne.
Qui dit, parmi les centristes du dimanche matin de France Culture ? : la réaction en première analyse est philosophique ('valeurs', 'liberté', basking dans la gloire de l'association séculaire de la France avec l'histoire de la 'liberté') plutôt que géostratégique. Le terme est centriste-Relations internationales. Le décaler dans le sens de : 'France' comme tracé dans la mondialisation.

Tribune contre l'union sacrée dans Le Monde. Voir.

Écoute vers Thomas Deltombe sur la construction de L'Islam imaginaire en France, vers Olivier Roy sur L'Islam mondialisé - état maintenant historique, jalon donc (2002-2004 je crois).

Reprendre, après une sacrée respiration, la question du peuple. Peuple interpellé, simple et en évidence, observation quotidienne de ses malléabilités, sa formation, ses superficialités et les inerties de ses structures sculptées par l'histoire. Puis le peuple du poème, auquel est adressé ici un fameux coup de problématique. 

samedi 13 septembre 2014

CLR James sur le nouveau, le futur, et donc l'art

Dans Buhle toujours, rapporté et lu par Ethelbert Miller, 221, extraits de conférence de 1959 à Mona :

the great artist is the product of a long and deeply rooted national tradition. ... He appears at a moment of transition in national life with results which are recognized as having significance for the civilized world. ... A supreme artist exercises an influence on the national consciousness which is incalculable, He is created by it but he illuminates and amplifies it, bringing the past up to date and charting the future.
Mener la tradition à, dans, la transition.
La dimension du national, comme civilisation, étant écho gramscien.
Action de nouveau sur le passé : faire relire et resignifier ; réorienter le telos.
Une action sur l'histoire

samedi 16 août 2014

Auteurs : racisme du grand nationalisme, 1880s

Indentifier des auteurs du racisme qui se lie à l'émergence du nationalisme à partir de la période 1870-1914 (distinction accentuée, dessinée, par Hobsbawm, Nations and Nationalism since 1780) :

George Vacher de Lapouge (ces situations complexes dans le paysage intellectuel et idéologique : Sorel et ses propres complications, Guesde, SFIO, athée, anticlérical, socialiste miliant. Celles qui font aussi le composé national-socialisme - contre celui du national-populaire. Gramsci...). Eugénisme.
Houston Stewart Chamberlain, Anglais plus tard nationalisé allemand. 

vendredi 17 janvier 2014

National-colonialisme

Tiens, voilà ce que je me trouve à écrire, en terminant une étude sur les généalogies des études indiennes :


"L’étude de la littérature, parce qu’elle-même a ses origines à la fois dans le comparatisme philologique et dans l’idéologie national-colonialiste,    ". 

lundi 25 juin 2012

Graham Greene - The Comedians, les agents

Graham Greene, en partant par The Comedians.
Une poétique, du point de vue. L'Agent, et l'outsider : où il y a quelque chose de Kim en amont et d'Ian Fleming en aval, et de cette littérature de l'espionnage postwar. Quelque chose de la filiation - explicite - dans Naipaul (c'est une position d'énonciation du voyageur, de celui qui passe et sort. N.P. l'avait subtilement senti dans son étude comparée avec Walter Scott). Quelque chose de British : un stiff-upper-lip de la voix. Mais qui est une exploration politique.
L'histoire - comme intrigue géopolitique, deflating international narratives -, et le ras des sujets : ouvrir cet espace voix-neutre comme un carrefour dans. Et la narration, le roman - c'est une forme très roman (épique du national, moderne, alors?) - comme lieu de déroulement, de déploiement, des implications.

mardi 31 janvier 2012

Economie, pour la Mondialisation - agenda

Initiation à l'économie, pour rentrer dans le plan de discours.
Pour étude, on peut commencer par voir ce que fait "nation" dans The Wealth of Nations, A. Smith?

lundi 31 octobre 2011

Laclau pour entrer dans Taine

Laclau s'apprête (On Populist Reason), dans le chapitre que je laisse pour demain, à entreprendre Hypolitte Taine. Comme recueil des eaux, gouttière, de la dichotomie rationalité-individu // irrationnalité-foule-groupe structurant les débuts de la psychologie des foules.
Intrigant, serait d'ouvrir le chantier déjà envisagé sur Taine pour sa Littérature anglaise, en prenant pour amorce la lecture angry de Laclau (la part de faux naïf dans Laclau - qui est appuyée sur un contournement, absence, de l'histoire discursive où Taine et Le Bon et Freud et la démocratie du 19ème etc. émergent).
Taine, politique par poétique (une politique de la littérature donc, à situer par rapport à Arnold - on est bien dans le contemporain), mais multiplié aussi par la nation ("anglaise").
Taine s'appuie donc sur l'Angleterre, schorlarshippingly, pour s'attaquer à la Révolution française ? - à voir. Qu'en fait-il.

mercredi 29 juin 2011

En Inde

"Aller en Inde". Une part du plaisir, de l'excitement de ça, qu'on peut appeler "l'étranger", "à l"étranger", étant faite de la romance qui s'attache à la masse. Telle qu'on n'oserait pas même solliciter en considérant this country - whichever it might be. Sauf à prendre les risques des nationalismes. On a tous les avertissements à disposition dans ce cas.

La grossièreté de l'idée d'aller chercher "en Inde", "l'Inde". (An Area of Darkness, in all sorts of ways from that explored by Naipaul to the Million.) Mais aussi l'ouverture. Tout le possible, toutes les déterminations à venir, et à laisser bouger.

Usages du culturalisme. Ses enchantements.
Qu'on peut plier à un usage stratégique. Ce qui ne veut pas dire nécessairement s'y disculper d'une manière ou d'une autre, et croire s'en extraire. Mais entrer dans le jeu, et multiplier. Observer.

Multiplier : nature d'une des part de la "recherche", en sciences de la culture.

dimanche 10 octobre 2010

Peuples de Rancière

Il m'a fallu jusqu'à 150 pages pour comprendre ce que fait Rancière dans La Nuit des prolétaires (1981). La matière problématique qu'il examine et ordonne ; l'activitité philosophique qu'il y apprête et qu'il y mène. Repositionnant par là, naturellement, les modes du philosophique.

Les échos se font avec les déplacements opérés par les premiers des Cultural studies, et plus précisément par les précurseurs auxquels les CS se sont affiliés : Christopher Hill et l'histoire des Radicals (avec une parallèle combinaison entre invention de peuple et réactivation de modes religieux), EP Thompson et l'histoire sociale, Hoggart sur la culture puis les Popular Arts.
Et : les ramifications possibles, très en aval, dans Homi Bhabha. Politique et énonciation ; et poussées de réorganisations du symbolique.

La population aléatoire du peuple saint-simonien, le prolétariat même. Ces poussées de peuple que Rancière regarde. Aux pousses : ici sa proximité avec Bhabha. Décompléter le peuple républicain, et des organisations de métier, et des associations de travailleurs. Ces peuples de traverses, de la "porte" et du "chemin de ronde" (cet imaginaire descriptif, le rapproche de Bhabha) ; "aléatoire" est très juste, très fin (ici proche des propositions, poussées, de Deleuze-Guattari : décompléter le peuple, le faire manquer).

Deux notes en suivant ce lent déroulement dans les discours et les archives et les frayages qu'y cherche Rancière (pour une pensée politique de gauche, 1981) : sur deux questions qui traversent, et par là constituent ; contribuent au traversier de ce peuple périodisé, qui a passé (la chronologie donnée en fin de volume raconte ça : finit sur l'extinction des organisations associations avant-gardes colonies, et sur la mort des figures qui ont porté le mouvement. Le reste étant laissé au silence.)
- la place des femmes.
- la place des colonies. Icarie (Cabet, 1840 : Voyage en Icarie), utopie, phalanstère, communisme, etc. Mais bien : en Egypte (ici une femme, Suzanne Voilquin), Louisiane, Brésil, Texas (l'Icarie même), Nouvelle Orléans, Iowa, Illinois, (participation, pour certains, au camp nordiste pendant la Guerre de Sécession). Le Nouveau Monde, et le traitement de ces colonies aux Colonies.
Où se placera ici l'histoire des Forty-Niners? Questions du peuple et de la nation, puisque de la colonie (différentielle), et de l'international : 1864 : Création à Londres de l'Association internationale des travailleurs.

jeudi 22 juillet 2010

Race, nation, classe ; peuple

. Balibar et Wallerstein, Race, nation, classe, 1988, déterminant. ça change le monde. ça y est, "national" est bien décollé, maintenant pour moi - bien le réflexe acquis de la prendre comme une formation historique, et sa puissante histoire de poussé idéologique, chaque fois et dans tous les contextes, jusque partout ces contextes.
De même plus évidemment, "race". Comme une formation discursive, aux pouvoirs exorbitants.

. Paul Gilroy's There Ain't No Black, 1987. Le plaisir, enthousiasme, populiste, du récit de luttes et de formation ; un peuple, un nationalisme culturel [l'appeler nationalisme? De même, Nation of Islam?], le courage de son histoire, la lourdeur sidérante des enjeux et des pressions. Grand récit en action, récupératif, réinscriptif, un epos théorique-historique qui a son émotion, et qui a son immense validité pour moi de frayer à travers des fourrés d'ignorance.
Le terrain d'un travail de peupleur, peuplement - "dépeupleur" de "race" : ce qui est et ce qui n'est pas du politique. Ce qui pense et ce qui faillit à penser le politique. (Ici explicitement : critique des sociologismes et des économismes - marxistes singulièrement puisque c'est du marxisme qu'on attend beaucoup - pour l'idéalisme universaliste du concept de classe, devant les nouveaux "mouvements sociaux" [Gorz, Bookchin, Castells] et autres traverses également politiques, qui fait poussée de minoritaire dans la catégorie marxiste : gender, race, ethnicity, urban, grassroots, community etc.)
Le "populisme démocratique" que chante Gilroy, le "capitalisme racial" qu'il souligne nettement comme structure profonde justement aveugle dans ce qui reste idéalisme marxiste.
Le carnaval (riots, Notting Hill, Brixton, 1981, 1985... Mais aussi je pense aux travaux sur le carnaval et le grotesque dans la littérature caribéenne (volume 3 de J. Arnold), au carnaval comme retravail de l'histoire, embrayage complexe et diversement fertile du non-peuple peuple) : que les participants font des récits sur "riots" de 1985 comme "a real family night out", joy freedom and pleasure, "it was lovely, I felt free", "People were so warm, they said 'glad to be with you, brother' and put their arm around you", "it was really joyful, that's what [the media] all leave out, the 'joy'" (326). Le carnaval : are we something? I can understand the joy. My sentimentality here, the fiber of it. Populisme. Quand le peuple se prend pour quelque chose, peuple. S'appuie, éventuellement un moment. Il a y ces nationalismes stratégiques, opératoires, qu'a pointés Spivak utilement. Et --

Les lignes de question, qui poussent et demandent :

1. il y a des cultures de l'anomie. Des cultures subalternes, qu'on peut retravailler, philologiquement (l'Allemagne à partir de Herder), historiographiquement (Guha et les Sub studies), politiquement par une histoire idéologique, etc. Faire une histoire des "peuples sans histoire", ce travail courant, d'archéologie alternative (ou même pas forcément si oppositionnelle, simplement le mouvement de la recherche) et de composition symbolique, sémantique, politique. Ce que fait Gilroy avec l'histoire noire, qui nécessite la recomposition transnationale des perspectives historiques (Black Atlantic) par exemple, et passe par l'étude serrée de l'histoire de, et du travail de l'histoire dans, les productions et inventions musicales noires, diasporiques, et jusqu'à mainstream.
Mais ça pousse plus crûment encore, tout à fait aveugle et persistant comme une force de la nature, force anthropologique du sens politique : il y a des cultures de l'anomie (voir l'invention de la sociologie par l'étude de la socialité du suicide, Durkheim), des cultures de la violence, de la criminalité, des atrocités, etc. Histoire composable, et socialités empiriquement vécues, archivables, sémantisables. Des formes parfaitement articulées et sémantiques de.

2. mais aussi vrai : (quelque chose donc à repenser, si les deux lignes doivent tenir) il y a des non-cultures, des anomies, des non-sens politiques ou historiques ; des inanités, des historiquement négligeables ? Des indigences culturelles, sociales, politiques. Tristes tropiques et al. (là j'approche de mon problème, la pertinence historique, pertinence "humaine" : tout peut-il être happé par un sens? Dont, en particulier, par une science? Comment ça marche?) Un cas en particulier : les mouvements, organisations, qui ne font pas politique, pas peuple. Ceux qui ne débouchent pas sur une agency, qui restent des localismes activistes, des infra-politique - où alors social et culturel justement n'équivaut pas à politique. Comment ça marche? Question, justement, des "mouvements sociaux", nouvel acteur du jeu politique après les 80s.

samedi 22 mai 2010

Culture et politique : Zeev Sternell

Entretien à la Suite dans les idées, Zeev Sternell sur la réédition poche de son Les anti-Lumières : Du XVIIIe siècle à la guerre froide (2006, Fayard).
Identifiant dans les "anti-lumières" non pas des contre-lumières, une contre-modernité post-tournant de la modernité, postrévolutionnaire ; mais bien une autre modernité, alternative et contemporaine, aussi formative de l'Europe que l'autre. Deux modernités concurrentes.
Il les accroche aux deux figures Herder (l'invention du nationalisme, par particularisme plutôt que par pluralisme ; il en fait une lecture dure, regardant vers les catastrophes du XXème siècle, fascismes nazismes - soviétisme goulag etc. ? can't quite remember the connection with this last leg. Il y arrive forcément si la guerre froide est l'horizon) , et Burke. Reflections on the Revolution in France.
Il refait aussi le paradigme gauche / droite (trop localisé, historiquement et anthropologiquement) par celui de lumières/anti-lumières, plus large et impliquant plus profondément les plaques politiques et culturelles, idéologie radicale. L'intéressant : il le met en résonance aussi, en équivalence tentative, avec politique / culture. Superposable aussi à nation / histoire.
Le nationalisme, conservateur par nature, issu d'une anthropologie des spécificités ; l'universalisme démocratique égalitaire et historiciste, issu d'une anthropologie de l'universalité ; droits de l'homme.
Burke lecture clé. Comme fountainhead encore des conservatismes.

Autre point : la Révolution française resituée par la Glorious Revolution anglaise. ça fait toujours du bien. Bénéfice critique pénétrant.

mercredi 21 octobre 2009

Ce que fait un roman : C. N. Adichie

Les frayages effectifs d'un objet-projet culturel, roman. Ici Half of a Yellow Sun, C. N. Adichie, sur la guerre Nigéria-Biafra de 1967-1970. Ce qu'il y a de production culturelle dans le fonctionnement narratif et sémantique d'un "personnage", d'un développement de tonalités changeantes, d'une construction narrative ; des logiques sémantiques d'une "histoire". C'est bien à de tels lieux ("lieux de la culture") que s'accrochent des perspectives, des révolutions douces (or yanking, poignant, appalling).
Ce que contribue le personnage d'Ugwu, ce repos narratif sur une zone douce, secondaire, "enfant", et "local", "peuple" - en constrate narratif avec les sophistications des intellectuels, professeurs, entrepreneuse, beautés bourgeoises etc. Régulièrement les chapitres s'ouvrent par sa scène, pour une relance ; pour toucher terre, pour reprendre le point de vue décalé sur le plan bourgeois, facteur d'histoire (et le drame est que l'histoire lui est graduellement arrachée, quand la cause du Biafra s'affaiblit, étape par étape). Il y a un populisme méthodologique, de ça. Qui vient prendre toute sa résonance quand le lieu d'ancrage de la représentation de l'écriture (Richard était le writer, d'abord en difficulté puis en voix de la nation critique), passe à lui, en toute fin d'histoire. (Relais, à peine ébauché, half-hearted : on n'a pas le temps d'explorer les chances de cette écriture, et son nationalisme.)
Les shifts de ton. Comment on passe de vie bourgeoise, éventuellement "révolutionnaire", à réfugié, en passant par traumatisé de guerre et toutes étapes de pertes et dégradations. Comment on voit bouger les termes d'Olanna, d'Odenigbo ; les carrières des uns et des autres placés à des lieux de l'histoire. Il y a bien un examen de ces changements ; examen des implications de l'histoire.
La question non résolue, alors qu'elle s'affiche un peu comme projet romanesque : mettre Ugwu en position de parole, et écrire un roman en anglais, qui rentre dans la circulation des prix littéraires de l'anglophonie. Et vient se caler dans l'histoire délicate (Achebe / Ngugi) de l'écriture nigériane en anglais : au creux de ses tiraillements. De sa postcolonialité.
Au moins on évite l'un des autres archipels d'écueils qui attendent du côté du diasporique. Ici on est dans le problème de la nation et du nationalisme, et ses divisions ; ses situations africaines, maximalement psotcoloniales.

vendredi 15 mai 2009

Peuple-nation, peuple-polis

Que le peuple traverse, comme agence politique, les dimensions de la nation et de l'état : une incarnation historique dans les rapports entre Irlandais émigrés dans l'Angleterre des années de l'Union (1800), et Radicals anglais. "There is thus a clear consecutive alliance between the Irish nationalism and English Radicalisme between 1790 and 1850" (EP Thompson, 482). The Irish "[bringing] their revolutionary inheritance with them" (483). "It was an advantage to the employers, at a time when precision engineering coexisted with tunnelling by means of shovel and pick, to be able to call upon both types of labour [English and Irish immigrant]. But the price which had to be paid was the confluence of sophisticated political Radicalism with a more primitive [agrarian riots] and excitable revolutionism." (484).

dimanche 3 mai 2009

Mob, et peuple-historicité

L'histoire des mobs anglaises, de la forme mob - reprise par exemple, au politiquement sérieux, par EP Thompson dans The Making of the English Working Class. The mobile ; de mobile vulgus. Une mobilité, mais penchant vers la manipulabilité, de la foule la masse le groupe le prolétariat le peuple (ces déclinaisons sont l'histoire). The excitable crowd, the moveable crowd. Volatile.
Question de agency (political), et question de mouvement social, soit historicité-peuple ; agencement-collectif.
Pour agency : la question que cherchent à récupérer, pour le discours historien, et sa face vaincus (Benjamin), les Subalternists dans les années 80 et un historien de gauche comme EP Thompson qui travaille pour une perspective de gauche en temps de Guerre Froide et orthodoxies libérales-économistes-"empiristes" (60s - qu'il marque comme un aujourd'hui droitisé après l'époque d'après-guerre). Agency d'un peuple, ses révolutions, ses cultures, ses poids dans la détermination de l'histoire et des valeurs de l'histoire. Peuple dans la nation, des Relations internationales, guerres mondiales et décolonisations.
Pour mouvement social : la notion d'un peuple-historicité : à observer, mettre en lumière, recomposer dans l'archive, à partir des temps de fracture ou "lieux de la culture" (Bhabha) - "insurrection" pour R. Guha (et "counter-insurectionary"), "riot" et Dissent et custom, tradition, "structure of feeling", "articulate"-ness, pour Thompson (et "counter-revolutionary"). Ouvrant vers le plan ouvert des Cultural studies. Moments du shifter.
Le peuple-agencement collectif d'énonciation (Del&Guatt) : cette intuition du peuple-comme-histoire, qui est également histoire-comme-peuple. Le politique comme ni l'état(-nation) d'une philosophie politique, ni le groupe en états [ce n'est pas ça, ici - quoi alors exactement? Il y a bien un ni à identifier ici - l'économisme-matérialisme marxiste?, la classe exactemenet?], mais le social, comme "mouvement" - histoire-peuple, rythme-anthropologique.
Le peuple est se qui se forme. Avec l'historicité d'une énonciation, qui fait que Thompson y contribue.

Puis les différentiels de pouvoir, champ électrique, des tensions entre nation et peuple.

mercredi 10 décembre 2008

Empire et nation

Bhabha, suite. Avec B. Anderson.
Certainement, ici, un crux. La nation, encadrée de sa philosophie politique, de sa "civilité", de la "liberty" anglaise, de sa politisation d'une culture, qui la tire du féodal et des tyrannies - et qui s'étend et déroule sa politisation en culturalisant, moralisant, ses marges par empire ; en créant ces zones, territorium (terre et terreur), des "subject nations", à rule par les manners and morals ; par l'éducation et la subject formation, par l'orientalisme et les disciplines.

Le jeu, le crucial : où faire réembrayer, pour une historicité critique, le politique et le culturel-le moral. Civilising mission. (Bush exportant la Freedom et la Democracy).