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vendredi 12 décembre 2008

Le subalterne : généalogies trans-culturelles

Généalogies à recomposer, pour comprendre quelque chose des enjeux, dans les effets théoriques des 20 ou 30 dernières années, et leur caractéristique trans-culturelle. Pas nouvelle (voir l'humanisme, et jusque, à reculons, la philologie alexandrine etc.), mais c'est rétrospectivement qu'un contemporainéiste le sait et peut commencer à la fouiller.

Il faut arriver à entendre, à l'oeuvre dans la proposition contenue dans le terme de subaltern, la résonance complexe de Gramsci et sa philologie-politique (qui est déjà une relecture de Marx, et une philologie de la philosophie politique ; une critique de l'économie politique par le culturel) ; reprise dans Ranajit Guha pour le Subaltern Study Group indien ; reprise dans Spivak qui le croise avec Derrida (!) et la logique du supplément en fournissant la traduction authoritative de la Grammatologie ; reprise par Bhabha quand on arrive à lui, qui relit Derrida passé par Spivak.
Pour embrayer un travail critique aux implications complexes mais remarquables, actives. C'est le bloc qu'il faut prendre.

vendredi 5 décembre 2008

Politics of knowledge : intervention postcoloniale sur le savoir-pouvoir

La lecture de Bhabha est extrêmement lente, faisant écrire énormément ; faisant passer par des plans nombreux et chaque fois d'une densité extrême. D'autant plus dense qu'elle est peu fléchée : des fourrés, des taillis, d'hypercultivation - comme Derrida parle d'hypercorrection de son français d'Algérie. Situation coloniale/postcoloniale d'énonciation théorique.

En particulier, à déployer à travers elle : l'importance, l'intervention (si c'est une des choses que R. Young continue à partir de Bhabha : Bhabha proposant l'intervention du postcolonial dans le poststructural ; Young proposant l'intervention comme titre du travail de sa revue, application continue, périodique, de la question du postco) - l'intervention, donc (ou encore : agency, political and critical) du postcolonial comme question, joue au maximum sur la question du savoir-pouvoir, et son compact actuel. Le postcolonial donc, à faire travailler, pour une prise sur la "société de la connaissance" comme modèle culturel en processus d'empire : comme idéologie, et comme géopolitique. Le postcolonial comme, bien planté dans sa généalogie en Said et Foucault, stratégie de visibilité du colonial comme politique culturelle et cognitive, politique scientifique. Le colonial comme politique du savoir. Et le postcolonial comme déclinaison contemporaine du capitalisme/libéralisme (l'état dans lequel la Guerre froide laisse derrière elle le rapport de force international)
La référence psychanalytique, et la thématique identitaire, sont des effets, pratiquement secondaires. C'est la question du savoir qui fait crux, et prise critique. Comment, par exemple, the gaze est moins (malgré les développements qui le prennent pour thème, et objet) une question du visuel comme scène de l'identité/subjectivation, qu'une question de la surveillance, et de la discipline, au sens fort de Foucault. La visibilité comme mode social du rapport de force. Toujours, éviter de faire retomber la lecture de Bhabha du côté de l'identité (pourquoi y faut-il un effort? Effet de réception, ou effet interne? à voir), c'est-à-dire du côté de la culture. Car la prise est celle du culturel sur le politique. Le travail de lecture doit être ce suivi du politique dans.
Voir aussi, comme ingrédient de ça : comme dans le concept de "sujet colonial" est constitutif une sorte d'indécision sur son incarnation historique, ou théorique : qui est le sujet du "stéréotype", du "mimétisme", de la dénégation, de l'ambivalence etc.? Justement là, cette mobilité là : que le sujet colonial est un rapport. De domination, et de discipline. (Ni le colonisateur, ni le colonisé.) D'où aussi l'intérêt pour ces figures des "class of interpreters" (Macaulay) et "corps of translators" (87), ces sujets "partiels" et intermédiaires, qui habitent la farce coloniale (force et farce : c'est ancré dans Marx. C'est la nature politique du terrain où se travaillent ces questions).

Le problème de la "Postcolonial theory" comme formation discursive, et sa critique arasée par la pratique institutionnalisée : une possible dépolitisation, par la thématique de la culture. Différence des cultures, logiques de l'identité.
Or son point de travail est à garder dégagé : il regarde à l'articulation (la nature du rapport étant à penser, "articulation" étant comme un X pour marquer l'inconnue) du culturel et du politique. Politique de la culture, politique du savoir, politique scientifique. Le politico-culturel (voir sur Taguieff, aussi. Et sur l'importation en France, Compagnon passeur minorateur, des Culture wars américaines sous la question de la Culture générale, ou humaniste : cf sa recension de Nous autres, modernes, de Finkielkraut, dans le Monde du 6 oct. 2005, sous le titre "La Bataille des modernes.)

"The Politics of Knowledge" étant bien sûr Said, en anthologie dans The Fall into Theory.

jeudi 6 novembre 2008

Traduction de traduction de traduction - Bhabha

Je reprends le travail sur Bhabha. Avec la sensation renouvelée, chaque fois reconfirmée, du meaty. Nation and Narration, pour recommencer.

Quelques noeuds de traduction qui se mettent en présence, sur ses terrains - et sur celui qui est train de se composer, assez pauvrement, appauvrissant, de sa réception en France :
. Bhabha et ses propositions sur la cultural translation, avec écho de Rushdie, et avant tout la queue de comète de la cultural anthropology. Qui pose des questions disciplinaires riches, à dénouer. Fonction de la littérature, comme territoire des savoirs, dans cette histoire.
. Bhabha lit et fait lire Barthes ; lit Derrida ; lit les théories "poststructuralistes" du récit. Lit et fait lire Renan. Tous ces textes sont déjà des produits de la traduction. Derrida de manière centrale. Et la notion même de "poststructuraliste", produit américain-anglais. Ces lanières d'histoire sont à recomposer, à suivre, à identifier dans leurs trajets et dans leur énergie, critique. Pour maintenant donc.
. en suite de ça : la question, avec ses implications nationales et nationalistes - ici, un noeud des catégories de l'intellectuel et du culturel-politique, savoir et société - du "bad writing". Tropisme xénophobe, isolationniste au moins et d'identit(arit)é culturelle, de l'anti-théorie américaine.
. C'est Spivak qui traduit Derrida, On Grammatology. Le shifter entre la "théorie" et la "French Theory", cette voix indienne de la diaspora intellectuelle. Agent de la traduction.
. Derrida comme substrat à cette formation discursive massive - à la fois "poststruct", "Theory", et référent clé pour les ramifications en cultural studies (sur certaines zones, moins marxisées peut-être), postcolonial studies, et plus récemment translation studies : avec la traduction chez lui comme thème et comme opérateur de philosophie ; comme trauma langagier moteur du désir de philosophie-déconstruction ; comme déport de Heidegger (et rapport de la philosophie) dans le champ français au tournant anthropologique (question des passages de pouvoir entre disciplines, avec leurs locations respectives, dont culturelles et linguistiques) ; comme continuation de la Destruktion en déconstruction ; comme moteur d'étymologisme et d'"écriture", pour une théorie du langage. Derrida traducteur de Husserl ; traducteur de "Aufhebung", traducteur de Heidegger (dans un sens plus diffus et global à la fois, ici).

Ces creusets étonnants, de pans théoriques anglophone et francophone, avec leurs traînes impériales et coloniales, leurs conséquences postcoloniales, et leur point, plus aveugle, dans la zone allemande, comme nation d'où monte la notion même de culture, et la culture de la traduction. Certainement tout ce nexus, un produit de l'Europe, et de la "modernité", comme produit historique de l'Europe.
C'est aussi pourquoi par exemple Arendt pointe une place de biais, sticking out. (p. 2, Nation and Narration). Un autre Heidegger ; un autre point de vue critique sur la rationalité (philosophique) politique [que le projet critique de Bhabha cible] ; et un autre rapport de savoir aux langues et à la différence des cultures : philologie contra philosophie entre Arendt et Heidegger.