Affichage des articles dont le libellé est postcolonial. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est postcolonial. Afficher tous les articles

lundi 31 juillet 2017

Orientalisme et critique de la critique - Rodinson aux prises

Critique de la critique de l'orientalisme : il y a tout le débat Rodinson sur Said en particulier, et le 2e chapitre de La Fascination de l'islam, de 1976/1980, s'y confronte.
Rodinson parle pour le "positivisme" des études orientales, et pour leur acquis philologique, tout en mesurant les limites à la lumière acceptée de la critique sur l'eurocentrisme etc.
Mais il prend position critique vis à vis des nationalistes et "spécialistes indigènes" et les "plus bruyants" d'entre eux, ainsi que vis à vis des soutiens anticolonialistes qu'ils ont en Europe, quand ils tendent à l'apologétique.
L'argument : les expressions du rejet des sciences européennes modernes comme coloniales, mais l'absorption, masquée ou déniée, des résultats et usage des matériaux et concepts de ces sciences. La question n'est pas celle d'une polémique, revanche, injustice, idéologisme primant sur le scientifique. Mais celle en effet  de la dynamique des idéologies : la faiblesse scientifique et alors politique de ces positions critiques (anticolonialistes, nationalistes, "indigènes"), non dans leur captation déniée, mais dans l'absence - ou la présence alors, c'est l'enjeu de leur discussion - d'une théorisation renouvelée, effectivement le travail critique fait, du rapport entre idéologie et épistémologie. Y a-t-il une telle proposition, sur quelle base, sur quelle refondation critique de base. (cf, tiens, le premier cours donné par Saussure à l'EPHE : commencer contre les unités voyelle-sonante-consonne, commencer en posant autrement, et alors déroulant toute la re-théorisation.) Il y faut une théorie de la culture - nécessairement critique, dans ce cas, des théories eurocentriques dans leur eurocentrisme (l'accusation idéologique ne suffit pas) et dans leur théoricité.

Le terrain que se donne Rodinson, et qu'il parcourt avec poids : justement la dynamique historique de l'idéologique, contre l'idéalisme d'ailleurs en pratique. Et alors, dans son épistémologie, soignée, et historicisée, dont conjoncturellelent pour les besoins en réflexivité de la crise de l'orientalisme (comme de la crise de toutes les disciplines au tournant des 60s), de la recherche, et des champs des études orientales et études islamiques en particulier. Il y trace à chaque jalon possible le profil (tiens, il dit faciès) du nouage épistémologie / idéologie.
Pour l'orientalisme, il souligne la domination de la philologie, "positiviste" (par auto-défense) mais aussi agnostique, et alors susceptible d'être emportée  par toute idéologie, ou "idées générales de l'époque" qui traîne hors du champ fort occupé de "l'immense travail" de l'apprentissage des langues, de la critique des textes et de la fabrication des"instruments de travail", champ de l'orientaliste. Hors de ce champ : les sciences humaines qui viennent changer la règle du jeu, contre l'accumulation détaillée et spécialisée des matériaux, la pratique du problème (cf Jakobson, Benveniste et al.) ; le philosophisme qui (se) donne (comme) le cadre des généralisations et synthèses ; les idéologies qui traînent s'agissant du rapport social des pays européens avec les pays de "l'Orient" et l'islam - héritages d'idéologies savantes des siècles précédents (plus capables de produire leur propre idéologie, par ex. type l'universalisme des Lumières), éloquence et audibilité publique (presse, literature, dont de jeunesse) des missionnaires chrétiens, des colonialistes, de la politique coloniale et orientale des gouvernements, etc.  

jeudi 27 juillet 2017

Comparatisme : simple

Je suis toujours un peu sous surveillance, vaguement et le sentiment vague conforte le malaise, au sujet du comparatisme. Il est mon vecteur principal et partout efficace, mais j'ai bien en tête, quoique vaguement donc, les débats (en anthropologie ? Où exactement ? Dans les bons tons de la critique contemporaine, critique qui veut se marquer contemporaine par le geste même de reléguer le comparatisme à un âge passé, archaïque dans le progrès linéaire de la critique, de la pensée des sciences sociales) - en tête les débats qui investissent le terme de comparatisme d'une valence fixée, epistemologiquement et idéologiquement. Un stade dans l'émancipation en, par, l'anthropologie.

Simple : le comparatisme comme provincialisation, réciproque. Plus précisément peut-être même que relativisation : car on n'est pas dans l'espace ideal de l'organon, mais bien simplement et de plain-pied dans l'histoire connectée ou géopolitique. Historicisation sera bien sûr son tranchant pour la critique. Mais le concept ne peut s'introduire qu'après un temps phatique.
Comparatisme : montre les objets comme des formations, càd des rapports. Et fait passer aux transformations.
Tiens, Gildas Salmon sur Lévi-Strauss relecteur de Saussure, pour former la méthode structurale des transformations : comme précisément autre chose que le formalisme. Il fait un texte sur les Légendes, en lecture now.

mardi 25 juillet 2017

Islam(isation) et colonisation

Il se dessine progressivement, faiblement pour l'instant mais avec insistance, un rapport historique entre Islam et colonisation, qui s'avérera évidemment dans les séquences de la modernité des impérialismes (Français au Maroc, Hollandais en Indonésie : toutes les formations de situation coloniale, comme processus de transformation réactive multiples, hétérogènes éventuellement) mais qu'il faudra aussi examiner dans les dimensions plus larges de la formation des croyances, à profondeur historique plus grande. Empire arabe et histoire des empires musulmans, interface avec les colonialismes européens (qui posent déjà des situations en miroir, inversées, ce qui ne veut pas dire que les processus de confessionnalisation soient inverses), mais encore ...

Ceci rendant d'ailleurs à "colonisation" son propre caractère de processus, coloni-sation plus exactement que situation coloniale.

De même nécessairement : islam (ou religion) et décolonisation. Il s'agit du même processus, de  social change et ses effets de dissensus.
Geertz 18 : "As time goes on, the number of people who desire to believe, or anyway feel they somehow ought to, decreases much less rapidly than the number who are, in a properly religious sense, able to. And in this rather demographic-looking fact lies the interest of religion for those of us who would like to uncover the dynamics and determine the directions of social change in the new states of Asia and Africa."
Les crises de la foi sont donc posées explicitement dans un "now" dont les coordonnées sont la Décolonisation.

lundi 24 juillet 2017

Religion et colonialité

Faut-il aller jusqu'à examiner la proposition : la religion (à ce sens philologique serré - alors on peut, sans problème majeur hors les limites des connaissances, retisser l'histoire de l'émergence du terme, dans sa variation par rapport, par ex. parlant de l'Europe, aux théologies vernaculaires-pratiques comme savantes) est un effet de colonialité ?
À cet examen s'éclairera aussi une part importante des phénomènes des "retours du religieux" depuis les 1980s. Pendant les décennies de la Décolonisation aussi, ses métamorphoses. Et dans la situation actuelle, la ligne de front géopolitique WOT.
Ces jours-ci mêmes, violences sur le front du front, Al-Aqsa, portiques, Temple, Israël. 

Islam comparé - situation en Décolonisation

Islam Observed de Geertz. J'y allais pour la proposition de : l'islam comparé.
Je le trouve immédiatement placé dans un nid de situation sur-riche, auquel je n'avais pas pensé mais qui est évident, éclatant. Non seulement Geertz est pilier d'une génération de l'anthropologie américaine qui vient faire le pivot vers les radicalismes sémiotiques et postcoloniaux - génération dont La tâche aura été de calculer les conséquences des classiques de l'anthropologie de l'entre deux guerres pour les changements sociaux et géopolitiques et scientifiques du siècle avançant. Mais il est aussi l'un des acteurs de ce tournant qui doit épouser le changement historique de la Décolonisation.

1968 date de publication. Et il s'agit, dès les premières pages posées, du nouveau composé géoculturel et géopolitique de l'Afro-asiatique (not his explicit terms), et du changement politique révolutionnaire qui affecte les sociétés corpus de l'anthropologie - l'étude commence avec :
Of all the dimensions of the uncertain revolution now underway in the new states of Asia and Africa, surely the most difficult to grasp is the religious. (1)
Il faut que le religieux soit immédiatement mis en drame, pour les besoins rhétoriques, certainement. Mais la co-occurence est aussi significative historiquement, et "critiquement" : ce couplage nécessaire, rendu nécessaire par la configuration de l'histoire coloniale (configuration coloniale de l'histoire moderne), entre épistémologie comparative, (Dé)colonisation, et religion. Le religieux, ou plutôt la religion, produit conceptuel et donc idéologique de l'Europe colonisatrice. Terme, discursivités,

Ce qui mesure tranquillement la qualité du piège naturalisant logé dans les effets d'équivoque (Geertz 1, signs of the "uncertain now underway in the new states of A&A", "rarer and a great deal more equivocal in the religious sphere", "elusiveness") de "la religion" : il s'agit non pas des religions mais de "analysis of religious change" (2), et "a religion's career" (3).

Le nexus est : "religieux", changement historique (conjonctures et blocs, dynamiques des formations sociales - y compris dynamiques sémantiques bien évidemment, faut-il vraiment le découvrir ?), et cadre colonial.
Le cas d'étude islam à alors un statut particulier, et éloquent. Car si Geertz évoque (trope comparatiste qu'on trouvera chez Weber structurellement, et méthodologiquement chez Rodinson) christianisme, islam, hindouisme, confucianisme, religion navaho (3), c'est bien l'islam qui fournit le carrefour critique de l'histoire ici. (Noter, que l'hindouisme à la même fonction dans l'orientalisme, ou une fonction parallèle. Mais elle perd en importance peut-être quand le rapport de colonisation se transforme en migrations métropolitaines postcoloniales, selon ses effets de majorité ?)

The issue, position of the issue : "the religious situation in the new states", 3. 

dimanche 23 juillet 2017

Philologies de 1979

Je n'en finis pas de comprendre et comprendre encore la décennie et son tournant, temps intime et étranger (cf ici).
La chronologie de la Mondialisation décalée de 1980 à 1979, décale du néolibéralisme aux rapports Nord-Sud qui le sous-tendent ; le replace dans sa seconde ligne historique, capitalisme et colonialisme. Non pas seulement la Révolution iranienne et l'Afghanistan soviétique, mais aussi at home l'éruption de violence au Notting Hill Carnival de 1976, la Crise au Royaume Uni (comme celle qui fait pivot en France, elle est géo-économique), les confrontations syndicales, et l'année Punk.

Hebgige (Subculture, 1979) fournit des repères contextuels, philologiques, particulièrement bienvenus pour ma conjoncture.
. il dit, parlant du reggae et de la Jamaïque africaine et immigrée en Angleterre, ses antagonistes historiques : "the Church, the colonial and even some 'post-colonial' governments" (31). La plus ancienne attestation que j'avais pu faire jusqu'ici était dans Jamaica Kincaid, dans les 1980s. Décennies d'installation après la génération Windrush.
. situe, et participe à, l'état de la théorie du moment, sémiologie et référence gramscienne ; soin de sa propre généalogie, refaire son récit, de Marx-Engels en néo-marxisme à Williams Hoggart, Barthes, Thompson et Hall, Gramsci ; trope du subversif dans l'ordre moral du Naturel bourgeois et cadre conceptuel de l'aliénation. (La subversion, avec Genet pour caution, incarnation nostalgique, symptôme, d'une fin de course de l'insurrectionnel des 70s, défaite politique en chemin, la révolution passée dans la sphère rhétorique.)

J'attendais Hebdige sur la culture repensée par la sémiologie et l'hégémonie ; ravie, et je n'aurais pas dû être étonnée, de le trouver sur la color line dans l'Angleterre nouvellement postcoloniale.

1979, date de publication, peut être prise aussi comme temps T pour une autre articulation : les "working-class youths" avec les "black immigrants in Britain. C'est-à-dire que le "jeune" ici est une autre figure que l'étudiant de Berkeley noir ou blanc anti-Vietnam. Et que la scène est celle du pivot, pour l'histoire des gauches contemporaines, entre classe et race, NMS. Quid des femmes et des sexualités alors, tiens, ce sera intéressant alors de le guetter dans la suite du livre.

mercredi 5 juillet 2017

Rodinson sur le tiers-mondisme intellectuel européen

L'Islam pol & croyance, 263, situé Rodinson aussi, au moment pivot de 1977-1979 en Iran, dans le même temps que Bruckner, Sanglot.
Mais le sentiment profond de culpabilité collective pour les crimes passés du monde européen et pour les misères présentes du tiers-monde, au lieu de déboucher sur une pression pour des actes concrets et utiles, amenait, de façon bien plus commode, à de vibrantes apologies des proclamations et pratiques les plus contestables des leaders de ces derniers pays. 

Situation de l'idéologie - comparatisme de Rodinson

Il y a donc une situation de Rodinson dans l'époque politique et intellectuelle de l'idéologie. Epoque du marxisme "occidental" (P Anderson), en contemporanéité avec Althusser entre autres en France. Période de la guerre froide, et de la phase - une des phases ? mais ici elle se dénomme telle - "idéologique" de l'histoire.
Le geste critique de Rodinson, structurant : "ne pas isoler l'Islam" (231 - à relire avec précision dans le fil des comparatismes de l'orientalisme ; quelle spécificité de sa manière ; quelles praxis conceptuelle), permis par le nivellement entre religion et idéologie. Pour une pragmatique sociale - groupes, groupements, des sociétés d'idée aux sociétés globales, idéologies faiseuses de communautés dans les évolutions politiques.
Son parcours implique aussi une évaluation critique du tiers-mondisme, en particulier dans sa fonction de ressource pour la dénonciation de l'Impérialisme (introduit de Parvus (1911, Turquie, voir) à Lénine) comme Satan intégriste-musulman.

Un point à tirer au clair sera celui du comparatisme, marxiste, de Rodinson, qui le situe dans l'histoire des orientalismes donc. Orientalisme de la guerre froide.
À relire alors avec la phase des Area Studies, l'assomption de la catégorie Middle-East, l'hégémonisation des US en "leader of the free world", la politique étrangère par CIA etc.

Ce serait aussi à Emmanuel Terray qu'il serait bon de le rapporter. Inflexions marxistes de disciplines établies, anthropologie, orientalisme.

dimanche 18 juin 2017

Saussure postcolonial - géopolitique

L'inconfort, la remarque plusieurs fois faite, le froissé, de FR quant aux démarches que je rapporte de mes cogitations de Saussure, touchent sous la forme d'une accusation, disons, de postcolonial. Soit, doute exprimé sur cette opération, sans doute sentie comme culturaliste, non-saussurienne, Anglo-étrangère-bizarre-mode, dans le goût du postmoderne et des politiques des ressentiments identitaires. (Je ne fais que  tâtonner pour chercher le goût que je crois y sentir, more my problem than his quite probably.)

Or il y a à suivre le fil, les affleurements, du contexte politique dans le parcours bio-intellectuel de Saussure, dont colonial spécifiquement s'agissant d'une réinvention, réorientation si majeure, dans les pensées du langage, de l'orientalisme aux politiques linguistiques des nationalismes de la fin 19e (j'en suis, autour des pages 120, à la victoire prussienne de 1871 et la constitution de l'empire allemand, y compris Alsace Lorraine lieu d'attache familial des Saussure, sur base linguistique).

Premier affleurement : les "schemes" qui auront cadré et fragilisé le devenir financier des Saussure par aventurisme du père, sont non pas une forme arbitraire (argent, capital, le sans odeur du libéralisme de grande époque) mais le projet Mont-Djémila près de Sétif. Henri Dunant son acteur : spéculation et aventurisme colonialiste, et expérience de Solférino (question de la nationalité italienne, où Napoléon III soutient l'indépendance contre l'Autriche, 1859 je crois), Croix Rouge et premières Conventions de Genève, ébauches du droit international prisonniers de guerre, protection des secours médicaux, humanitarisme. Nouvel ideologème du national et de l'international.

Henri de Saussure, père, déjà pris dans un schéma intello-politique plus jeune, aventurisme américain, adressé à Humboldt pour soutien, et expédition naturaliste au Mexique, réussite en demi-teinte. Amériques, science, expédition, question de la gloire scientifique (spécialité familiale depuis déjà une série longue de générations), question de la publication et de l'autorité scientifique, stature sociale à Genève par la contribution scientifique et reconnaissance internationale. 

jeudi 4 mai 2017

Multiculturalisme - respect / power

Phase britannique des race riots (1967) à Thatcher. Ma génération de Brixton.

Très bien et clair Asad, 259 : "the source of a disturbing political dilemma for those who advocate multiculturalism as a general policy for dealing with the immigrant population. Does equal respect for cultural diversity mean the exclusion of cultural minorities from equal power?"

Cultural minorities // political minorities. Superposition impossible, par structure même. D'où les échecs des multiples tentatives libérales à trouver les passages pour "the construction of a democratic multicultural society" (John Red, 1987, cité 259). 

Multiculturalisme, indirect rule : culturalisation

Try this : le multiculturalisme est une culturalisation de la différence historique, le système colonial britannique de la indirect rule sa matrice. Indirect rule dans l'Inde multiple, et de même dans sa phase postcoloniale devant répondre à la nouvelle situation des immigrations d'Asie du Sud (Asad des Genealogies, 257-259) rappelle bien, en appelant à Gilroy d'ailleurs, la trajectoire d'intégration différente des Afro-caribéens) : bloquer l'intégration politique en générant la colonial difference (P Chatterjee) par l'ethnologisation, la culturalisation, d'où usage des sciences humaines, lettres, etc. La France s'y est prise par le politique et le régime direct, et à imprimé là la différentiation entre citoyen et sujet. La culturalisation a été mobilisée autrement et dans un plan proprement culturel, superstructure, idéologie, scolaire. (Non, le fil de la distinction entre politiques coloniales française et britannique passe un peu autrement là-dedans, voir, poursuivre.)

Le multiculturalisme est un culturalisme : refus à la constitution des minorités, en particulier nouvelles immigrations coloniales, en corps politiques intermédiaires au même titre que syndicats, mouvements, partis, associations, etc. Asad 245 et 259. Les cantonner les renvoyer au plan du culturel (et alors dans une minorité qui verse dans la dépolitisation : âge pré-politique, éventuellement avec l'horizon d'une promesse de maturité à venir ; trope colonial classique et structurel). Plan du privé for one, et de la race, et puis tout le reste encore.

France annexionniste, disent et critiquent les Brits engagés dans la construction du Middle East, Fromkin - eux toujours pour l'option du protectorat, contrôle depuis plus haut. 

jeudi 20 avril 2017

British Empire

Conversation entendue à une table anglaise, autour de l'annonce des nouvelles élections législatives anticipées pour tester et clarifier la situation du pays sur le choix des termes dans les négociations du Brexit : "we're not an empire anymore, are we".
Entendrait-on ça en France ? Qu'on soit en postcolonialité ne fait pas de doute, surtout avec les clarifications des forces politiques en bataille pour les présidentielles. Mais elle paraît passer par d'autres voies et modes. Ma génération n'aura pas rencontré (ouvertement) une historiographie nationale où l'empire était un thème et un pôle. Elle est aussi l'une des générations de l'oubli, au sens de B Stora. Voir comment ça trace une trajectoire différente. 

samedi 8 avril 2017

Décennie Cultural Studies - France also

C'est-à-dire qu'il y a bien en France, dans des termes spécifiques, un mouvement de la réflexion sociale (les sociologues aiment bien dire "les sciences sociales" - pour faire nombre ? ou pour enregistrer les différences des familles discursives méthodologiques et idéologiques de la discipline ? On sort du couple marxisme/Aron, avec des complexifications qui cherchent du côté du "retour du sujet" très explicités, revendiqués)
il y a bien, donc, un mouvement de la conversation qui court en parallèle reconnaissable avec les Cultural Studies anglaises. La comparaison est ouverte. On y lira très certainement le bouchon particulier que constitue le "multiculturalisme" et la digestion impossible des divisions nationales autour de la guerre d'Algérie. On pourra le cerner ici, dans les textes ; en faire corpus.

Passage de La Démocratie à l'épreuve sur la transformation de la question sociale (58-60, avec invalidation de la force descriptive de la catégorie classe) en la question culturelle, avec la figure coagulée de l'immigration.
(On débouche toujours à nouveau sur ce scénario, on continue à le comprendre, à chercher un chemin  dans la compréhension des mutations pour déboucher sur lui, reconnu, insistant. Décidément. Just a little impatience with this, there´s more to articulate.) 

Racisme 1980s

La Marche de 1983 - date également du "tournant de la rigueur", dont la logique vient finir de se fracasser à ces semaines de désagrégation des partis dans la campagne présidentielle -, activité de Taguieff Wieviorka Balibar/Wallerstein (est de 1989) et al. dont critique de l'antiracisme (récupération, institutionalisation), et maintenant je note aussi : Albert Memmi, me dit Wieviorka, 1982, Le Racisme.

Comment ce temps antiraciste s'est posé et développé en décalage, stratégie nécessairement concertée le contexte étant si explicite et si présent, avec les gauches et les gauchismes anticolonialistes des 70s. Stora explique bien le scénario explicatif des longs effets, de génération en génération, de la fin de l'Algérie française. Temps de la disparition de la référence Fanon : exactement décrit par ma génération de scolarité. Période libérale ou néo, culturaliste si la question est posée par la catégorie du racisme, et occupée à désarticuler l'état de l'échiquier formé par les luttes de la décolonisation, qui sont des luttes politiques. Le postcolonial est tout ce (re)nouage. 

vendredi 7 avril 2017

1990s sur nationalisme

Tout à fait intéressant de voir apparaître un maillon historique que j'avais ignoré, dans mon propre pré pourtant mais ; répéré de manière très floue et périphérique mais ce n'est que maintenant que j'en comprends la conjoncture :
Michel Wieviorka sur Nationalisme, populisme, ethnicité, en 1993. Tout le débat sur le nationalisme au tournant de 1990, avec la dissolution de l'URSS et pas encore l'explosion de la Yougoslavie, still brewing there at the time. Les gros travaux de Taguieff, le débat français sur l'antiracisme après 1983, mais en contemporain de Hobsbawm (lu en anglais par MW), Balibar-Wallerstein (double parution dans les deux langues, avec d'ailleurs un assemblage de traduction/version particulier si je me souviens bien, deux auteurs), B Anderson (lu en vo), E Gellner / D Schnapper, P Birnbaum et Z Sternell. À travers toute ce période, le travail de MW, avec ses collègues sociologues (époque Solidarnosc, ETA ; violence terroriste comme figure problématique ausksi), et dans le sillage d'A Touraine - soit, la question posée par les NMS à la sociologie.
Période, conjoncture : les nouvelles démocraties générées dans la fragmentation du bloc soviétique en Europe de l'Est, et comment elles pèsent dans la bascule d'une compréhension de la démocratie à compter de ce moment. La Pologne est un cas test pour Wieviorka.

MW note bien, pour cadre de travail en clarification, le "champ" des sociologies : relais des anciens pôles de "l'ordre et la reproduction" (17, incluant Althusser Foucault Bourdieu), et sans doute ancien aussi "sociologie de la décision" (??, Aron et M Crozier), + libéralisme avec individualisme méthodologique de Raymond Boudon - relais par la sociologie de l'action. Qui se pratique comme : des acteurs.

Comment ces réflexions et sondages historiques dans la formation des nationalismes, aussi, sont doublées du, et plus ou moins aware du, développement de la réflexion postcolonialiste sur la colonialité de la modernité - Nation and Narration, HB etc. Rapports et non-rapports ?

dimanche 5 mars 2017

Perry Anderson sur l'état des gauche et droite et extrêmes : "antisystème"

http://www.monde-diplomatique.fr/2017/03/ANDERSON/57243

Diplo de mars. 

. pourquoi les oppositions de droite sont plus successful que celles de gauche, right
. il évite de prendre le terme 'populisme' : le laisse à l'évocation de son emploi, comme stigmate de la part des classes dirigeantes, right, et à l'alarme de la presse, 'danger populiste'
. il regarde les mouvements nés avant, et nés après, la crise de 2008, right
. analyse système-monde des cas UK et US : tous deux par une position impériale particulièrement sensible à inquiéter sous la forme de 'immigration' : UK / Brexit le plus puissant empire européen, et jamais occupé (où la dépossession politique du bas -- encore écrasé par l'inégalisation d'un néolib autrement brutal dans les Iles que sur le continent -- par structuration électorale a poussé à saisir la première chance d'expression, référendum ; expression symbolique, plus que calcul sur l'économique); US / Trump perdant son hyperpuissance absolue dans un multilatéralisme mondialisé possible à prendre comme humiliation du peuple. En distinction des cas d'Europe continentale. Questions d'identité, pouvant primer sur le désespoir économique.
. enfin dernier point bien lancé : le système a déjà produit ses 'anticorps', outre les poussées inattendues de la gauche avec B Sanders et Corbyn : 'l'ordre établi', et "sa capacité à absorber et à neutraliser avec une rapidité impressionnante (vue en Grèce) les révoltes, d'où qu'elles viennent." Les anticorps : jeunes "dynamiques", 'simulacre de contestation contre les impasses et la corruption', Macron et Rivera de Ciudadanos en Espagne.
. enfin note, premier écho de quelque chose qui est déjà bien dans l'air, mais ici saisi : la 'néo-guerre froide' (de Trump en particulier, et dans le mépris de l'OTAN) avec la Russie.

mercredi 1 mars 2017

A. Sayad - ignorance de l'enquêté, aussi

Il parlait de la misère, dont l'un des ingrédients est précisément l'accès bloqué à la compréhension du système.
Gramsci et les fragments : c'en fait partie. Vues tronquées, vues par les effets.

Sur l'équation "immigré" et "OS" : 309 " les travailleurs immigrés découvrent ... un monde économique ... une organisation du travail - tous éléments d'un patrimoine objectivé d'une société, d'une culture, d'une Histoire autres que les leurs - qu'ils ne peuvent appréhender dans leur totalité et En toute clarté, en leur restituant leur cohérence et leur pleine itelligibilité. ... ont du travail une vision d'autant plus confuse et désordonnée que la place qu'ils occupent dans l'appareil de production ... ne les prédispose pas à se donner une conscience suff. claire de la logique propre du système économique... 311 "la perception de l'immigré... obscur, arbitraire"...

Cet acteur est nu, sans médiation, à la mâchoire-même de la relation de travail, pure. Sans signification sociale de par sa socialité d'origine, ni de par celle de la société industrielle dans laquelle il est jeté d'un coup et sans ni l'apprentissage d'y avoir grandi, ni la participation aux décalages de temporalité vécues en overlap (les couches contemporaines d'émergence et de rémanence, cf R Williams), courants dans lesquels être porté dans le pluriel social de la société d'immigration.

Sayad s'appuie beaucoup sur vérité et illusion, pratique bourdieusienne, les pratiques vécues de la signification sociale, et la sociologie comme objectivation des rapports (soit : de la violence). L'immigré, vivant dans l'objectif direct des rapports, sans la sauce du "sert à vivre". Condition exactement prolétaire, n'était sa condition familiale structurellement en défaut, pour les premières générations.

Mais il y a aussi quelque chose de la vie nue, développe plus récemment, et dans un autre ordre discursif. Voir quelle nature ici la proposition.

lundi 27 février 2017

A. Sayad - savoir de l'enquêteur, savoir de l'enquêté

"L'enquête comme analyse et auto-analyse", écrit Sayad : section sur "Les Torts de l'absent" dans La Double Absence, où il est à la fois le plus poignant et délicat, et où il se met dans un rapport de proximité avec le point de critique psychiatrique de Fanon.

Ce n'est jamais sans émotion ... qu'on reçoit les confidences les plus intimes d'un enquêté... cet "importun" (fouineur du passé) qui a la prétention de détenir la vérité des sujets mieux que ceux qui la portent en eux... et qui... après coup... prétend l'enseigner à ses propres auteurs. / effort sur soi (de l'enquêté), dramatique et continu, prodige de lucidité, là où tout un chacun n'aurait eu besoin que d'entretenir banalement et communément les illusions utiles à la justification de sa situation présente ... nécessaires pour masquer la vérité de sa condition. 
Ce drama de la sociologie en trope bourdieusien.

 Une longue habitude... pratique de ... "contacts culturels", surtout quand dans ces contacts on occupe la position dominée, incliné à porter sur ses propres comportements et les c des autres (dont on est séparé fondamentalement, en tout et par tout) un regard étonnamment critique et à adopter, de ce fait, une attitude profondément réflexive. Cette sorte d'expérience du monde social qui est faite d'étonnement et de "déconcertement" semble reproduire, à sa manière, l'attitude qui précisément fut à l'origine de la tradition ethnologique été semble avoir inspiré les professionnels de l'ethnologie cette valeur essentielle de leur discipline qu'est le "relativisme culturel". // "sauvage", toute personnelle, est aussi une réponse aux contraintes qu'imposent certaines situations particulières [à départiculariser, d'ailleurs] ... l'intelligence de ces situations particulières. ... À la condition de pouvoir redonner à l'enquêté les moyens de se réapproprier les schemes de perception et d'appréciation du monde social et politique, la carence de ces moyens étant précisément au principe de la misère proprement sociale et morale caractéristique de toute une classe sociale. ...=> sociologie, sa fonction de libération... à condition, ... la sociologie n'aura pas démérité, car, se faisant, elle ne se sera pas contentée de dépouiller l'enquêté de son discours, càd d'une partie de lui-même. (285-286)
 



vendredi 17 février 2017

Dates algériennes

Dates algériennes :
. 1er novembre 1954
. 1955 : soulèvement paysan
. 1980 : soulèvement (lycéens et étudiants, si je me souviens bien) à Tizi-Ouzou, question berbère
. 1988 : soulèvement - quoi déjà ? Pression pour la démocratie et la fin du parti unique ? Revoir.
. puis montée du FIS, pression contre le FLN, le parti unique, l'étouffement des pluriels sociaux et politiques nationaux. La Gangrène et l'oubli s'arrête à une date qui ne pouvait pas être prévue aussi brûlante, 1991. 

mercredi 15 février 2017

1980s : temps de la question "immigration", "Arabes", "multiculturalism"

Stora pose certains jalons qui permettent de regarder le processus : sondages français de 1991, 1990, 1984. (284-286)
1983 Bruckner, repentance.
1983 aussi je crois, "Marche des Beurs".
Loi du 29 septembre 1982, PM Pierre Maurois, finale amnistie des derniers liens : jusqu'à OAS et putschistes, réhabilitation y compris de carrière. Note de Stora : jamais en France ce qu'ont fait les USA pour les crimes de guerre du Vietnam (283). Et premier usage du 49-3 par le gvt socialiste // résistance du groupe socialiste à l'Assemblée.
Et début de la trajectoire FN. Stora 289 : entre deux élections présidentielles de 1981 et 1988 passe de 0,8% à 14,5%.
Période aussi caractérisable par l'antiracisme, avec toutes ses contradictions (cf Cusset sur La Décennie) et le débat sur le racisme. Taguieff, en 1988, rappelé par Stora : La Force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles (La Découverte).
Derrière immigré le sémite, juif varié en arabe et musulman. Arabe, sur Maghrébin, sur Algérien (Stora 288).