Affichage des articles dont le libellé est Bhabha. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bhabha. Afficher tous les articles

vendredi 29 mai 2009

Homi Bhabha en situation d'énonciation

Much to say about the academic event at Paris 8 yesterday : cérémonie de remise de doctorat honoris cause à Homi Bhabha. Organisé par Marie Cuillerai, assorti des discours traditionnels environnants, puis d'une table ronde avec participation de J. Rancière et T. Samoyault.
D'abord, qu'en effet un lieu-temps de la culture, et de la théorie, est une tranche ("interruption") dans les discours d'époque et non un positif de la culture : moment de dissémination plutôt que de sens, de présence, de représentation. C'est la dynamique qui produit l'effet comique, ou de gêne, ou d'irritation, impatience - il ne se passe jamais quelque chose comme de la culture, de l'université, de la recherche, de la théorie. Des énoncés. Mais des diffractions, des malentendus inattendus, des dissensus sur le mode anti-héroïque. C'est la recherche, c'est le travail intellectuel. Bhabha apporte une contribution majeure à comprendre cette dynamique : on a à apprendre à la suivre, à courir derrière ce qu'elle fait savoir, d'infiniment pénétrant. Et d'infiniment plus fin que la soupe d'arguments dans laquelle il a fallu vivre pendant ce semestre de guerre universitaire déclarée, puiqu'on nous imposait ce milieu de débat.

samedi 20 décembre 2008

Postcolonial libéral

Le fin de la question, une des questions, qui monte/nt des travaux POCO, est politiquement entre une radicalité et un liberalism qui peut se recomposer dès qu'on prend les peuples, et la notion de culture.
La proposition critique centrale, "l'intervention postcoloniale", comme pratique de la "perspective" (les termes sont de Bhabha), étant celles de la politique de la culture, et de la politique du savoir / des savoirs (Said après Foucault).
Précisément il faut suivre au serré les déplacements que Said fait faire aux perspectives de Foucault, vers le liberalism du public intellectual.
Mais certainement, voulant forcer un passage au débat sur la culture, et les peuples, et les historicités culturelles, on engage les implications idéologiques qui sont inscrites dans "peuple", "culture", "identité". La tension est à tenir, avec une féoricité critique absolument exigeante.

Sentir les vitesses - tropismes d'évidence, où on mesure des idéologismes - avec lesquelles le libéralisme revient en jeu dans Arendt (Bhabha le note, trop rapidement, dans "The Postcolonial and the Postmodern") ; dans Naipaul prenant la vie des peuples comme celle "des peuples", leur refaisant un récit comme personnages collectifs et souffrants - récits déclinistes.

Et prendre bien la culture par le langage, et le langage par le temps du radical ; temps, saussurien, du politique.

vendredi 12 décembre 2008

Shame : crux postco du politique-culturel-éthique

Quelque chose a l'air de se composer, dans le temps où je traverse des textes de la littérature contemporaine, et des zones théoriques du postcolonial, autour de shame.
Shame de Rushdie, sur le Pakistan ; l'exploration éthique de Coetzee (Diary, les animaux, la culture en temps d'une violence politique qui fait boutoir contre les cultures) ; shame partout dans Naipaul, dignité et effondrements culturels ; l'exploration éthique de Conrad (qu'il y a absolument à faire résoner avec le travail contemporain de Coetzee).
Le postcolonial, comme travail poétique, lame de fond culturelle - comme critique de la philosophie politique, et ses pensées du pouvoir, de l'autorité, et de la subjectivité politique. Critique des paradigmes de la pensée, ou des conceptions, du politique. Critique, directement, du politique comme catégorie d'une anthropologie. En y faisant entrer les coins de la culturalité comme vie de la différence sociale, et de l'éthique comme vie de la différence sociale. Rentre dans l'arène aussi alors, emmêlé de chacun des pans : la question du savoir, qui est celle du sens ; le rapport anthropologique comme rapport de sens et rapport de forces, toujours.

Toujours, reprendre par : la nation, dépolitisée (la citoyenneté mise en question - Bhabha et "sly civility") par le fait de l'empire. Et le travail de politique culturelle, nécessaire, pour des nations impérialistes qui ne peuvent pas faire leur vie nationale en termes politiques ; mais doivent se dérouler, pour l'empire, en politique de moralisation et d'éducation ; par la Littérature anglaise ; par la formation aux manners anglaises, par la "civilizing mission", et la dépolitisation des sujets coloniaux qui n'en sont pas.
Le culturel et l'éthique sont bien des (les) forces souterraines du politique (leur visage public, réalisation) - où se tiraille une immense histoire (française en tout cas - il faut voir au UK, mais aussi en Allemagne, cas particulier et éclairant) des rapports entre droite culturelle et gauche républicaine et laïque et coloniale héritière de la Révolution par exemple. Histoire de la liberté française, à tenir en comparatisme avec celle de la Liberty anglaise (et ses prolongements américains).
Il faut aller travailler à l'éthique du politique : et c'est là la force poignante, politique, du travail de Naipaul et de Coetzee.

mercredi 10 décembre 2008

Empire et nation

Bhabha, suite. Avec B. Anderson.
Certainement, ici, un crux. La nation, encadrée de sa philosophie politique, de sa "civilité", de la "liberty" anglaise, de sa politisation d'une culture, qui la tire du féodal et des tyrannies - et qui s'étend et déroule sa politisation en culturalisant, moralisant, ses marges par empire ; en créant ces zones, territorium (terre et terreur), des "subject nations", à rule par les manners and morals ; par l'éducation et la subject formation, par l'orientalisme et les disciplines.

Le jeu, le crucial : où faire réembrayer, pour une historicité critique, le politique et le culturel-le moral. Civilising mission. (Bush exportant la Freedom et la Democracy).

vendredi 5 décembre 2008

Politics of knowledge : intervention postcoloniale sur le savoir-pouvoir

La lecture de Bhabha est extrêmement lente, faisant écrire énormément ; faisant passer par des plans nombreux et chaque fois d'une densité extrême. D'autant plus dense qu'elle est peu fléchée : des fourrés, des taillis, d'hypercultivation - comme Derrida parle d'hypercorrection de son français d'Algérie. Situation coloniale/postcoloniale d'énonciation théorique.

En particulier, à déployer à travers elle : l'importance, l'intervention (si c'est une des choses que R. Young continue à partir de Bhabha : Bhabha proposant l'intervention du postcolonial dans le poststructural ; Young proposant l'intervention comme titre du travail de sa revue, application continue, périodique, de la question du postco) - l'intervention, donc (ou encore : agency, political and critical) du postcolonial comme question, joue au maximum sur la question du savoir-pouvoir, et son compact actuel. Le postcolonial donc, à faire travailler, pour une prise sur la "société de la connaissance" comme modèle culturel en processus d'empire : comme idéologie, et comme géopolitique. Le postcolonial comme, bien planté dans sa généalogie en Said et Foucault, stratégie de visibilité du colonial comme politique culturelle et cognitive, politique scientifique. Le colonial comme politique du savoir. Et le postcolonial comme déclinaison contemporaine du capitalisme/libéralisme (l'état dans lequel la Guerre froide laisse derrière elle le rapport de force international)
La référence psychanalytique, et la thématique identitaire, sont des effets, pratiquement secondaires. C'est la question du savoir qui fait crux, et prise critique. Comment, par exemple, the gaze est moins (malgré les développements qui le prennent pour thème, et objet) une question du visuel comme scène de l'identité/subjectivation, qu'une question de la surveillance, et de la discipline, au sens fort de Foucault. La visibilité comme mode social du rapport de force. Toujours, éviter de faire retomber la lecture de Bhabha du côté de l'identité (pourquoi y faut-il un effort? Effet de réception, ou effet interne? à voir), c'est-à-dire du côté de la culture. Car la prise est celle du culturel sur le politique. Le travail de lecture doit être ce suivi du politique dans.
Voir aussi, comme ingrédient de ça : comme dans le concept de "sujet colonial" est constitutif une sorte d'indécision sur son incarnation historique, ou théorique : qui est le sujet du "stéréotype", du "mimétisme", de la dénégation, de l'ambivalence etc.? Justement là, cette mobilité là : que le sujet colonial est un rapport. De domination, et de discipline. (Ni le colonisateur, ni le colonisé.) D'où aussi l'intérêt pour ces figures des "class of interpreters" (Macaulay) et "corps of translators" (87), ces sujets "partiels" et intermédiaires, qui habitent la farce coloniale (force et farce : c'est ancré dans Marx. C'est la nature politique du terrain où se travaillent ces questions).

Le problème de la "Postcolonial theory" comme formation discursive, et sa critique arasée par la pratique institutionnalisée : une possible dépolitisation, par la thématique de la culture. Différence des cultures, logiques de l'identité.
Or son point de travail est à garder dégagé : il regarde à l'articulation (la nature du rapport étant à penser, "articulation" étant comme un X pour marquer l'inconnue) du culturel et du politique. Politique de la culture, politique du savoir, politique scientifique. Le politico-culturel (voir sur Taguieff, aussi. Et sur l'importation en France, Compagnon passeur minorateur, des Culture wars américaines sous la question de la Culture générale, ou humaniste : cf sa recension de Nous autres, modernes, de Finkielkraut, dans le Monde du 6 oct. 2005, sous le titre "La Bataille des modernes.)

"The Politics of Knowledge" étant bien sûr Said, en anthologie dans The Fall into Theory.

vendredi 14 novembre 2008

Société, culture, public - peuple

Je crois que je serre ce qu'il faut en cherchant à faire se rencontrer des pans de réflexion, du politique et du culturel (- sens et pouvoir, dans la dimension du collectif). Auxquels ajouter nécessairement, dans un complexe commun, social.
Le rapport de public à peuple est celui où la question de l'art travaille. Et ceci historiquement, puisque d'art dans ce sens -- que la philosophie romantique puis la sociologie pourront dire "autonome" -- il n'y a qu'à partir de...

Lecture de H. Bhabha ; je regarde comment il se débrouille du rapport d'une histoire d'arts (architecture, sculpture, roman, théâtre sont convoqués, mais convoqués seulement - germes de la pensée, et non son objet, précisément) avec une histoire (trans-)culturelle contemporaine.
C'est la question du comment s'articule la "Theory" avec la "théorie littéraire". Ici on peut entrer dans l'épaisseur.

jeudi 6 novembre 2008

Traduction de traduction de traduction - Bhabha

Je reprends le travail sur Bhabha. Avec la sensation renouvelée, chaque fois reconfirmée, du meaty. Nation and Narration, pour recommencer.

Quelques noeuds de traduction qui se mettent en présence, sur ses terrains - et sur celui qui est train de se composer, assez pauvrement, appauvrissant, de sa réception en France :
. Bhabha et ses propositions sur la cultural translation, avec écho de Rushdie, et avant tout la queue de comète de la cultural anthropology. Qui pose des questions disciplinaires riches, à dénouer. Fonction de la littérature, comme territoire des savoirs, dans cette histoire.
. Bhabha lit et fait lire Barthes ; lit Derrida ; lit les théories "poststructuralistes" du récit. Lit et fait lire Renan. Tous ces textes sont déjà des produits de la traduction. Derrida de manière centrale. Et la notion même de "poststructuraliste", produit américain-anglais. Ces lanières d'histoire sont à recomposer, à suivre, à identifier dans leurs trajets et dans leur énergie, critique. Pour maintenant donc.
. en suite de ça : la question, avec ses implications nationales et nationalistes - ici, un noeud des catégories de l'intellectuel et du culturel-politique, savoir et société - du "bad writing". Tropisme xénophobe, isolationniste au moins et d'identit(arit)é culturelle, de l'anti-théorie américaine.
. C'est Spivak qui traduit Derrida, On Grammatology. Le shifter entre la "théorie" et la "French Theory", cette voix indienne de la diaspora intellectuelle. Agent de la traduction.
. Derrida comme substrat à cette formation discursive massive - à la fois "poststruct", "Theory", et référent clé pour les ramifications en cultural studies (sur certaines zones, moins marxisées peut-être), postcolonial studies, et plus récemment translation studies : avec la traduction chez lui comme thème et comme opérateur de philosophie ; comme trauma langagier moteur du désir de philosophie-déconstruction ; comme déport de Heidegger (et rapport de la philosophie) dans le champ français au tournant anthropologique (question des passages de pouvoir entre disciplines, avec leurs locations respectives, dont culturelles et linguistiques) ; comme continuation de la Destruktion en déconstruction ; comme moteur d'étymologisme et d'"écriture", pour une théorie du langage. Derrida traducteur de Husserl ; traducteur de "Aufhebung", traducteur de Heidegger (dans un sens plus diffus et global à la fois, ici).

Ces creusets étonnants, de pans théoriques anglophone et francophone, avec leurs traînes impériales et coloniales, leurs conséquences postcoloniales, et leur point, plus aveugle, dans la zone allemande, comme nation d'où monte la notion même de culture, et la culture de la traduction. Certainement tout ce nexus, un produit de l'Europe, et de la "modernité", comme produit historique de l'Europe.
C'est aussi pourquoi par exemple Arendt pointe une place de biais, sticking out. (p. 2, Nation and Narration). Un autre Heidegger ; un autre point de vue critique sur la rationalité (philosophique) politique [que le projet critique de Bhabha cible] ; et un autre rapport de savoir aux langues et à la différence des cultures : philologie contra philosophie entre Arendt et Heidegger.

mercredi 27 août 2008

L'Inde pour les savoirs du décentrement

La mission en Inde promet un décentrement automatique, par la simple force de la distance géographique-"culturelle" (ce qu'on appelle tranquillement une culture, dirait Derrida). Mais aussi : l'espoir de rentrer en contact avec, prendre les fils, des expériences de décentrement travaillées par les Indiens postcoloniaux (et sans exclure la période pré-décolonisation). Il y a des savoirs tissés (justement, au rouet de la lutte pour l'indépendance), des savoirs "éthico-politiques" (point du regard, pour H. Bhabha dans R. Ghosh), et des traditions de savoirs, d'histoire, d'exercice des points de vue - dont j'ai soif. Ce sont des savoirs coloniaux. Ceux qui savent n'étant pas seulement ceux qu'on croit. (Etre le corps, social et immense ici, d'un problème).
Bhabha parle de l'expérience - son vocabulaire éthique/moral écoute du côté d'un savoir-éthique ; ce sera donc une sagesse - du "disappointed hope" (repris chez Adorno qui a eu l'occasion de démailler les utopismes marxistes ; repris de l'expérience allemande de la démocratie après Weimar. Adorno passe aussi aux Moralia, comme une phase de la réflexion politique ; un de ses plus tard) de la nation. Que ce soit pour les nationaux ou pour les diasporiques.