dimanche 29 juin 2014

Histoire de l'idée d'Europe : textes jalons / Chabod

Le gué que forme, de texte en texte, Federico Chabod :

Hérodote, Aristote, Eschyle des Perses, Isocrate
L'Europe géographique, non identique à son territoire (décentrement, disproportion, Hellade / Scythie etc.)

Machiavel : l'Europe est politique, pas encore culturelle
Montaigne : anti-Europe, dénonciation des guerres de conquête américaines et défense des Cannibales

Boulainvilliers (Fénelon, ), Abbé du Bos

4) Montesquieu : l'Europe politique, et jeu sur l'anti-Europe (des Lettres Persanes à L'Esprit des lois, trajectoire)
Voltaire : l'Europe culturelle, et correspondante
Jugement sur Pierre le Grand, Pierre de touche
Russie et Pologne
École de Göttingen, historiens (AHL Heeren et al), doctrine du système européen, équilibre européen

5) Rousseau contre l'uniformisation européenne et la perte des personnalités nationales, développement de l'anti-Europe
Nationalisme : Altieri, Foscolo,
Burke contre la Révolution et ses effets sur l'Europe
Novalis, Schelling, Schlegel - (mais curieusement peu sur Kant, qui met l'Allemagne dans les Lumières et développe le cosmopolitisme sans la contradiction polémique avec Voltaire : voir).

6) Guizot, après Mazzini : unité et diversité, principe de liberté ; nation et Europe articulées. 

dimanche 22 juin 2014

Tropes du mondial : histoire européenne

Tropes historiques du mondial :
le cosmopolitisme, voir son ancrage, alors, dans le concept de cosmos et ses histoires et enjeux, ses lignes de distinction sémantique et polémique dans la longue histoire,
l'oekoumène, romain et chrétien, de l'empire antique à médiéval.

Et les lignes sur lesquelles ces géographies conceptuelles/axiologiques filent leur histoire : Federico Chabod (Histoire de l'idée d'Europe, 1940s) en trace la succession - la géographique dissociée de la civilisationnelle (temps aristotéliciens), la culturelle avec l'humanisme italien puis européen, la politique à partir de la marque Machiavel, la diplomatique dès les cadres de 'l'équilibre européen' et la longue polémique de l'Europe violente et parcourue de guerres répétées avec ses horizons utopiques du bon sauvage et de la paix universelle.

Les lignes, contemporaines, des différentiations opératoires : guerre médiques, églises d'Orient et d'Occident, Amérique et Chine en Édens de la paix, etc. Contre qui l'Europe se dessine une identité. L'Orient ne cesse, par ce mouvement de contradiction, de se transformer en une géométrie variable de l'autre.

dimanche 15 juin 2014

Benda critique

Benda permet quand même ces deux choses, qui restent à prolonger, leurs échos à rechercher par une écoute à tenir longtemps : une critique du réflexe historiciste, non interrogé, en préjugé donc (intuition et longue nourriture d'une nature libératoire de l'historique), et une critique du réflexe critique (de la pensée comme prise sur l'état des sociétés, comme exercice d'actualisation).
Morale du clerc, pour Benda : morale du désintéressement, précisément.
'Alors que les vrais clercs ont toujours [... mouais] pensé que la moralité de la science réside dans sa méthode, en tant qu'elle nous contraint à une constante surveillance de nous-mêmes, à un constant renoncement à des vues séduisantes, à un continuel combat contre des satisfactions faciles, non dans l'utilisation que les hommes font de la science, chose qui leur vaut un surcroît de liberté ou de misère selon leur moralité (exemple, la bomba atomique), et dont la science n'est nullement responsable.'
Lisant Patrick Deville romançant Yersin : quelle parabole de la morale de la science, cette carrière de la haute époque de la science nationale (coloniale)?

Compter également tout le réseau d'une époque critique, qui vient en écheveau organisé, polarisé par la dynamique polémique - philosophes, idéalistes, scientifiques, communistes, Français et Allemands - à ces deux moments nodaux, 1927, 1946.
D'avoir ces deux moments, et le jeu mobile des générations et des ruptures des contexte (WW2), clé aussi, pour effets de perspective.

Est-ce que je l'ai déjà noté ? : Benda sur le désintéressement propre au clerc : proposition sur 'la raison' comme débrayage. Justice, liberté (individuelle), vérité : ses noms pour. Reste l'inactualité, la sienne n'étant précisément pas celle de Nietzsche, mais qui rentre bien l'attention dans un certain plan, fin, de l'activité critique.

jeudi 12 juin 2014

Auteurs

Je me mets à chercher sur internet des photos des auteurs. Qu'est-ce qu'on y lit ? Bien quelque chose, qui est déterminé. Des habitus, sociaux, sociologiques ; disciplinaires, plus précisément. Situer (qui constitue un travail : de mise en énonciation, soit mobilisation de l'autorité contre l'effet d'autorité). Placer, donc, une relation d'écoute et de retour, d'interlocution. 

samedi 31 mai 2014

Benda 1927, 1946, 1958

Benda m'étonne, pour tout ce qu'il tresse de sa situation et éclaire des enjeux au cœur du XXe siècle : France Allemagne dans le long temps de sédimentation de la Grande Guerre, soit les montées des 'passions politiques', à la mesure de 1927 ; puis le calcul des effets et approfondissements à celle de 1946, où la trahison prend un sens accentué et très historiquement défini.
Ramenant en perspective, en empan, l'Affaire Dreyfus (soit la formation de ' l'intellectuel ') à l'Action française au nationalisme (germanique, contra la culture grecque) au bergsonisme au matérialisme dialectique.
Posant les choses dans le rapport entre France et Allemagne, comme fracture dans un universel pré-nationaliste. (Alors une compétition pour la Grèce, qu'il n'évoque pas).
Rapportant la 'passion' (de l'ordre, du dynamisme, et du pratique pour les deux cas) à l'esthétisation, autre face de la brutalisation totalitaire (la guerre comme valeur, le pacifisme comme sentimentalité).
Les enjeux sont reconnaissables : ce que l'anglophonie parcourt avec la question du modernisme (W. Lewis), du romantisme en généalogie du modernisme et son alternative par l'ordre classique (T.E. Hulme), totalitarisme de la forme, mais aussi, alter-intime, irrationalisme du devenir, soit du moderne.

À rapporter à Arendt (et ses conséquences jusqu'à Klemperer donc) : analyse du sortir de WW2, et l'origine du totalitarisme. Âge du politique. Ou celui de la disparition du politique. Benda, Arendt, Bensaïd (et Mouffe, devant revenir à Schmitt).

Travail

Toujours la grande soif de ce que peut être le travail. Mesure des immenses entreprises de savance du XIXe, et du tournant incisif du XXe, ces romantismes des maîtres, qui ont la vertu de dégager l'aspiration.
Small trickle, Jean Rhys's, will do me. Mais je ressens ce manque, comme un grand espace de désir, blue-sky, à son mieux (le versant amer pouvant être mis au travail que comme creuset de transformation de l'énergie, inquiétudes narcissiques et irritations au conditions professionnelles pliées en désir, fuite et mouvement, départ).
Envie de quelque chose de continu, porté (effort du long, Endymion chez Keats au-delà des pièces lyriques brèves), articulé. Portant calmement son effet sur les catégories.

À chaque retour au principe, à chaque été de la recherche, cette expérience : je reprends le ras des questions, feuille blanche et simple crayon - et se retrace étonnamment le même mouvement dans le même paysage, toujours un peu plus articulé. Quelque chose de certain, et dont l'assurance va plus vite et plus assurément que moi. C'est un soulagement et une liberté.
Cet été il y aura un goût de Benda, et de Michelet, et d'Europe, par serendipity. Et le fil, la perspective plus nette que jamais du savoir, contre la 'littérature' - grâce à une remarque de MBB, venue à bon point de symptôme.

Je crains le doux délire d'omnipotence, à prévoir de me replier dans le champ de l'écriture - prendre à plein la phase de la publication, dans ce sens, et avec sa complexité si difficile à navigate, puisqu'elle est à vivre et à penser à la fois. Ici la stratégie, qui prend Benda par le flanc exposé. (Même s'il reste à réfléchir à l'hypothèse critique de Benda : du travail du clerc comme celui du débrayage - à rapporter à Said, dire la vérité au pouvoir, et bifurquer par intempestif).

jeudi 29 mai 2014

Benda, et la critique

Arriver à comprendre aussi le pathos passive-agressive de la (ma) visée que j'aime appeler critique ou stratégique. Départager ce qui relève de l'acquiescement aux conditions sociales du métier, et ce qui, etc. Où passe le savoir, car il se faufile quand même et plus largement que par la bande.

La lecture de Benda secoue les puces, en particulier en prenant soigneusement en compte ses contextes d'intervention de discours et les points où il appuie, 1927 Europe : le bergsonisme et tout de la pensée romantique et postromantique (modernisme de principe, qui en ressort en relief et en lumière interrogative, interloqué) ; le militarisme et la brutalisation et l'esprit d'action (qui n'est plus la dimension réduite seule, anhistorique, du pratique et de l'étude spirituelle) ; les nouvelles articulations faites de l'intellectuel à la force, et au distinct, particularismes.
Deux pôles de la trahison des clercs :
1° la volonté, pour un groupe d'hommes, de mettre la main (ou de la garder) sur un bien temporel : territoires, bien-être matériel, pouvoir politique avec les avantages temporel, qu'il comporte ; 2° la volonté, pour un groupe d'hommes, de se sentir en tannant que particuliers, en tant que distincts par rapport à d'autres hommes. (157)
De même que pôles du travail du clerc, dans une une histoire longue (2000 ans, Socrate-Platon, grecque et éventuellement chrétienne, contre les 50 ans de modernisme, esprit de conquête - coïncidant, s'il ne le dit pas, à l'apogée contextuelle, historique, des impérialismes dont l'évocation insistante de Kipling fait l'index -, victoire de l'esprit allemand, et l'irrationnel, il s'agit donc bien du nationalisme et de l'histoire, Hegel puis Nietzsche, débouchant sur Marx, Maurras, Sorel, Barrès) : le désintéressé, et le moraliste.

Pourquoi le préjugé d'histoire, et de critique, et d'action intellectuelle. De l'entame moderne. Épistémologie moderne. Quel sens a-t-elle très-ici, depuis le plus-ici, et maintenant.